‹ Eugène BoudinChapitre 12 sur 25 · CHEZ LA MERI Q · texte numérisé non relu

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« Blottie sous la Côte de Grâce, au penchant de Ia falaise, la ferme, aux toits de chaume fut une académie peu solennelle d’où est sortie tout simplement la moderne école des impressionnistes. Un des derniers venus, André Gill, le caricaturiste de la Lune et de l’Éclipse y avait peint sur un large panneau une enseigne curieuse ; les armes parlantes de l’hostellerie. En plein air dans l’herbe grasse de la cour normande, sous les pommiers, en face l'horizon de mer, vers le Hâvre, un fourneau flambe, attendant le rôti. Le cordon bleu, honfleuraise accorte, coëffe du crû, « cotillon court et soulier plat » brandit la casserole de cuivre rouge, énorme. Et d'eux-mêmes, une oie emplumée, un rouge poisson en écailles, un lapin à poil roux, y sautent joyeusement, volontaires de la cuisine d’une si aimable personne. À ses pieds un canard attend, le bec en avant, tandis que sur un plat de vieux Rouen, Saint-Siméon, vierge et martyr, sent trognonner son pif d’ivrogne, à la vue d’un flacon de vin, au capuchon respectable. Cette amusante peinture qui servit d'enseigne au Salon Normand de 1894 au Casino

de Trouville et au Salon Normand du Vieux Honfleur est

dans la collection si curieuse de l’amateur honfleurais,

M. D. Louveau.

« La ferme Saint-Siméon était admirablement située, en

un point stratégique de l’art normand, dans la pleine

no

nature agreste et marine de la baie de Seine,aux portes d'une vieille cité historique où la race honfleuraise continue son rêve d'aventures, nonplusenimpossiblescourses d’écumeurs

de mer, mais en fantaisies de peintres. »

Dans une lettre écrite à M. Soudan de Pierrefitte, Boudin a lui-même raconté ses souvenirs de la ferme

Saint-Siméon :

Deauville, 25 octobre, 1896.

Mon cher maître ès plume,

Je trouve, à mon retour d’une grande excursion à Dieppe, certain numéro de votre admirable journal, le Petit Normand.

Grâce à vous, j'ai revu et reparcouru ma petite ville natale, où j'ai passé naguère des années peu fortunées, c'est vrai, mais de ces années de jeunesse où l’espérance tenait lieu de sac.

On avait, alors, la vision d’un avenir meilleur; mais tout.de même, depuis mes premières études à Saint-Siméon, chez cette bonne mère Toutain, où j'ai été le premier pensionnaire!... pension à 40 francs par mois, nourri et couché, j’ai mangé beaucoup de vache enragée, en attendant le SUCCÈS, VeNIL 51 tard.

Oh Saint-Siméon! Il y aurait une belle « légende » — comme vous le dites — à écrire sur cette hostellerie. Écrivez-là donc, mon cher maître.

Que de gens y ont passé, et des célèbres, à ma suite. Un ou deux

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