‹ Eugène BoudinChapitre 13 sur 25 · AD CN · texte numérisé non relu

AD CN

sont encore existants, Français que j’y conduisis un jouren compagnie de Gustave Mathieu, mon vieil ami le poète... et qui y fit, depuis, un assez long séjour avec son copain le père Achard... Le maître des maîtres, Harpignies. Ce bon père Achard, ne sachant pas faire un ciel, disait que cet élément n’existait pas.

Je lui ai fait bien des misères, dans cet âge ou l’on gamine encore, malgré la misère, mais il s'en consolait devant un bol de flip chaud. Vous connaissez le flip au cidre doux, je m’en doute.

Français tient bon encore... Mais Courbet lui, prétendait avec Schaunard, son compagnon, que le cidre n’était bon qu’à se laver les mains, et il s'endormit après un copieux déjeuner arrosé par le petit tonneau du père Toutain.

J'y menai, un jour encore, Troyon et Van Marck déjeuner au cidre... Ils sont morts, le maître tristement et prématurément... l'élève, lui, avait eu le temps de faire sa récolte... J'allais oublier de citer Claude Monet, mon élève.

J'ai fait là, de fortes parties de quilles avec Diaz, un bon encore, qui savait lancer une boule avec un bras énergique, et vous abattait les quilles prestement. M’en a-t-il gagné des parties! Encore un glorieux !

Il en est passé bien d’autres, moins illustres peut-être, comme Gautier Amand, Ménard, Rémy et Mathon, qui dans ses loisirs avait tracé, dans une petite salle, au bout de la maison, un morceau du Jugement dernier de Michel Ange, en écorchés. On nommait cela la chambre des enfers, c'était horrible.

Le fils Toutain, un colosse, y est mort, dans un accès de delirium

tremens, affolé par ces bonhommes, écorchés et pantelants…

Page 1