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Fantin-Latour, Roll, Cazin, Joseph de Nittis, Claude Monet, Raffaëlli, Alfred Stevens, Duez, Gervex, Lhermitte..., des statuaires comme Rodin, des musiciens comme Edouard Lalo et César Franck; des écrivains comme Edmond de Goncourt, l’auteur illustre de ‘ Germinie Lacerteux *’ et de 1 Ar qe XV Steele
« Qu’ajouterai-je ! Bastien-Lepage retenu loin de Paris par le mal terrible qui allait l'emporter, s’associait à la maniiestation par une lettre nette et vraiment touchante. Puvis de Chavannes, Henner, Carolus-Duran, absents ou empêchés, faisaient savoir au maître qu'ils s’unissaient à tous pour lui rendre un témoignage d'honneur. Au dessert, M. Bardoux, au nom de l’Ecole Française, offrait au grand peintre une médaille de bronze expressément modelée pour
lui et portant cette inscription :
‘* À Ribot, les indépendants ; 22 mars 1884.
« Et le maître, ému aux larmes, ne sachant comment remercier dignement l'assistance, portait cet admirable toast, au milieu des acclamations : « Messieurs, je bois à l'art, mais à l’art que j'aime, — à l’art des maîtres émancipateurs, à l’art de Millet, de Corot, de Daubigny, de Courbet et de Manet ! »
À vrai dire, on avait également pensé, pour la présidence
de ce banquet, à un autre artiste également modeste — François Bonvin. C'était aussi un homme simple, celui qui, le jour de son mariage s'était levé, à la fin du repas de noces et avait adressé à sa nouvelle femme, cette courte allocution
que M. Jules Breton a transcrite :
« N'oublie jamais que tu entres dans une famille de robe et d'épée. Ma mère était couturière et mon père est garde-champèêtre ! »
Le père de Bonvin était en effet garde-champêtre à Montrouge et il tenait là également un petit débit où son nom servait d'enseigne.
Bonvin avait été ouvrier typographe, 1l avait abandonné
son métier pour devenir peintre.
Mais, n'ayant plus son salaire pour vivre, 1lavait obtenu
la place d’inspecteur de la boucherie au marché de Poissy. Il y comptait les têtes de bétail qui entraient au marché, et entre temps, il peignait des enseignes, Il en a fait une pour un nourrisseur de l’avenue du Maine où il avait représenté la poule aux œufs d’or, de même que Ribot avait fait pour Charles Vincent, le cordonnier poète, une enseigne intitulée ‘4 Au Soulier de Noël ”.
Bonvin était malade et il ne put se rendre au banquet offert à Ribot.
Ce fut sur la proposition d’un de nos peintres les plus
distingués, M. Cazin, que la présidence du banquet fut offerte à Eugène Boudin.
Au salon de 1887, Eugène Boudin exposa trois tableaux :
Un rivage, Elaples, marée basse et le Port de Lorient.
À propos de cette exposition, le critique du journal l'Art, s'exprime ainsi :
« Marinistes et paysagistes s'entendent trop bien pour que je songe à les séparer. Le petit bataillon des premiers tient supérieurement son rang, grâce à M, Eugène Boudin et à M. Mesdag.
« Principalement, ‘ Un rivage ” nous laisserait calme ; on a vu beaucoup de Boudin de ce genre, mais on n'en connaît que bien peu qui vaillent ‘‘ Efaples, marée basse ”. La toile, de modestes et excellentes proportions, est parfaitement composée et animée de maintes figures spirituelles. Le ciel n’est point banal. Morceau de choix, morceau accompli, symphonie des gris les plus délicats, les plus clairs, les plus harmonieux, qui couronne admirablement une très longue, une très pénible, une très honorable carrière de lutte incessante. »
Le 31 janvier 1888, Boudin fit une nouvelle exposition Boulevard de la Madeleine, N° 9. Cette exposition comprenait 18 tableaux.
Le 19 avril suivant il fit une vente à l'Hôtel Drouot. Le catalogue contenait 100 numéros : 6o tableaux, 30 pastels, et 10 aquarelles.
Le produit net s’éleva à 9.105 fr. 15.
Sur un exemplaire du catalogue, à côté du prix d’adjudication de chaque article et du nom de l’acheteur, Boudin
inscrivit mélancoliquement le prix des cadres et en fit le
total qui était de 2.080 francs, ce qui réduisit le produit de la vente à 7.025 francs, pour les cent ouvrages vendus !
La même année, l’infatigable artiste exposa au Salon un tableau intitulé : ‘“ Une corvette russe dans le bassin de l'Eure, au Hävre”. Ce tableau fut acheté par l'Etat et placé au musée du Luxembourg.
Mais, l’année suivante, 1889, une grande douleur vint atteindre Eugène Boudin : Le 24 mars il perdit sa femme. En cette triste circonstance il reçut deslettres profondément émues des plusieurs artistes de ses amis, entre autres de l'excellent paysagiste Guillemet. Claude Monet n’oublia
pas non plus Eugène Boudin! Il lui adressa la lettre suivante :
Fresselines (Creuse), 28 mars 1889.
Mon cher Boudin,
C’est ici, dans un pays perdu, que j'apprends le terrible malheur qui vous frappe, ce qui vous explique mon absence.
Croyez que je prends part à votre douleur. J'ai passé par là, et je sais le vide que laisse une telle perte. Soyez fort et courageux, c’est la seule chose que je puisse vous dire en vous envoyant mes bien sincères compliments de condoléance.
J'ai bien des reproches à me faire à votre endroit. Je me les fais
bien souvent. Ne m’en gardez pas rancune, mon cher ami. Je suis
toujours aux champs, souvent en voyage, et toujours en passant à Paris. Mais, n’en soyez pas moins certain de l'amitié que je vous porte, ainsi que de ma reconnaissance pour les premiers conseils
que vous m’avez donnés, conseils qui m'ont fait ce que je suis.
Votre vieil ami bien dévoué,
CLAUDE MONET
Dès mon retour, dans un mois, j'irai sûrement vous serrer la main.
À la même époque, Claude Monet faisait une exposition de ses œuvres boulevard Montmartre, et M. Hugues Le Roux écrivait le récit des débuts de ce grand artiste, récit dans lequel apparaissait Eugène Boudin et dont il a
été parlé plus haut.
M. Hugues Le Roux terminait ainsi son article :
« L'histoire des débuts de Claude Monëèt est celle de tous ses camarades. Les premières toiles qu'ils envoient au Salon emportent un vif succès de curiosité. En 1864-1865, les marines qu'il expose sont placées à la cimaise. L'on
fait beaucoup de bruit autour de ‘‘ La femme à la robe
verte” qui aujourd'hui est dans la galerie de M. Arsène Houssaye.
« Je la garde pour le Luxembourg, avait écrit l’acquéreur au jeune peintre, quand les temps seront venus. »
« De même une ‘‘ Marine à Honfleur ” que possède aujourd’hui le chanteur Faure, fut l’objet de nombreux articles dans la presse. C'était une tentative de plein air séduisante et hardie.
« Tant que les impressionnistes s'étaient contentés de succès isolés, on les avait loués sans se préoccuper des conséquences de ces éloges. Mais lorsqu'on vit surgir des imitateurs de leur manière, lorsqu'on s’aperçut qu'ils tendaient à se grouper et qu'ils faisaient école, on tenta d'étouffer la révolution dans l’œuf. Désormais, leurs envois furent systématiquement refusés.
« Le fantaisiste Alphonse Allais a défini l’impressionisme d’une facon bien divertissante dans un de ses articles à triple ironie qu'il intitule : Chroniques du bon sens.
— « Vous me savez pas, fait-il, ce que c'est que Îles impressionistes ? Eh bien, je vais vous l’apprendre :
« Ce sont des gens qui s’imaginent bouleverser l'Art parce qu’il ne délimitent pas le contour des objets et qu'ils
font de la peinture moins foncée que les autres.
« Voilà ce que c’est que les impressionnistes.
« Naturellement ils ne fichent pas un sou. »
Ils ne fichent pas un sou. Mais que leur importe ! Ils ne se découragent pas.
Claude Monet est toujours aux champs, et pendant ce temps il fait une exposition particulière boulevard Mont-
martre.