LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE
DIE BABYLONISCHE GEFANGENSCHAFT
CAmYID' AT BABYLON
Depuis la mort du dernier grand décorateur français, Puvis de Chavannes, les efforts de Besnard, d’Henri Martin, de Mlle. Dufau, pour créer une peinture symbolisant les idées modernes, n’ont malheureusement pas trouvé d’imitateur dignes de ces beaux artistes. Les moeurs disposent à la recherche du succès rapide, et on hésite à entreprendre des oeuvres de longue haleine. La peinture officielle, chassée des collections sérieuses, éclipsée dans les Salons et honnie par les jeunes gens, accapare pourtant encore les commandes d’Etat. La peinture d’histoire est discrédité et même reniée esthétiquement. On se défie de tout „sujet“ et on ne demande à un tableau que le plaisir et surtout la surprise des yeux. Dans ces conditions, une oeuvre comme celle de Delacroix effraie et décourage les artistes. Ils la voient au Louvre, auréolée de la gloire des Titien, des Rembrandt, des Rubens et des Véronèse, mais ils n’oseraient entreprendre de l’égaler. Mais cetté période va finir. On ne saurait guère plus longtemps ravaler la peinture à l’exécution habile de tableautins imitant une anecdote avec la vaine séduction d’une instantané, oublier pour complaire à la mode let grandes visées qui ont fait de la peinture un art aussi altier que la poésie et la symphonie. On se trouvera bientôt en face du dilemme de considérer la peinture un art en déchéance, ou de revenir à la grande composition exprimant les passions et les idées générales de la récente humanité.
Ce jour-là lorsqu’on cherchera, par un mouvement instinctif et éternel, à relier au passé les pressentiments de l’avenir, à donner à l’effort nouveau ses lettres de noblesse, à constituer sa généalogie, l’art entier se tournera vers Delacroix. Il n’apercevra pas de figure plus noble et plus significative, de leçon plus haute que celles de ce songeur prodigieux que Baudelaire, avec sa divination infaillible, plaçait au nombre des „phares“ qui éclairent la route de la race humaine en marche vers l’infini.