A UN PEINTRE
Ce 25 mars.
a Monsieur,
« Je n'ai pu être utile au jury de l'Exposition ni à vous, ni à beaucoup d'autres personnes auxquelles je portais in-
térôt ; j'ai dû m'abstenir d'y paraître à cause de ma sanlé qui a été mauvaise cet hiver. Je ne puis parler une heure sans fatigue : jeme voyais en passe de me trouver six heures par jour dans des salles froides et discutant avec des juges qui passent pour avoir été très-sévôres ; ce sont, au reste, les mêmes qui m*ont refusé pendant vingt-cinq ans; vous jugez qu'il m'eût été difficile de ne point me livrer à mon émotion.
(c Ce que vous m'annoncez d'une révision me semble impossible. On faisait effectivement une révision dans les jurys précédents, mais c'était le jour même où les tableaux avaient été jugés. Je ne peux me figurer ce que doit être un travail de révision sur l'ensemble des travaux refusés; cela équivaut à un jugement nouveau. Il va sans dire que, même dans le cas où cette révision aurait lieu en effet, je n'aurais point qualité pour m'y trouver, ayant décliné ma responsabilité dans les jugements précédents.
a Je suis très-affligé de votre refus; je sais par une longue et très-dure expérience ce que de semblables épreuves donnent d'impatience et de chagrin.
« Veuillez, etc.,