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SUR LE BEAU

« Y a-t-il une manière spéciale, une recette quelconque pour atteindre ce que Ton appelle le Beau Idéal?

« Le sentiment du Beau est-il cette impression produite en nous par un tableau de Yélasquez, une estampe de Rembrandt, une scène de Shakespeare? Ou bien le Beau nous est-il révélé par la vue de nez droits, des draperies correctes de Girodet, Gérard et autres élèves de David?

Le Silène est beau, le Faune est beau. La tète de Socrate dans Tantique est pleine de caractère avec un nez épaté, une bouche lippue et de petits yeux. Encore faut-il dire que le Silène, le Faune et tant d'autres figures de caractère sont en marbre dans Tantique, et Ton conçoit que le marbre, la pierre ou le bronze exigent dans

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Texpression des détails une sobriété dégénérant en sécheresse et en roideur dans la Peinture, qui a pour elle la couleur, TefTet, la transparence, et qui comporte les détails les plus palpitants.

« Rubens a trouvé le Beau dans la Pêche mraetdeuiê : son Saint Pierre est un homme Taillant, aux mains rudes, capable de suivre le Christ dans les entreprises les plus extraordinaires.

« Les Apôtres sont loin d'avoir une vie aussi puissante dans le tableau de Raphaël, qui les représente recevant rinstilulion. Sans l'admirable intelligence qui place dans cette composition le Christ tout seul d'un côté, les Apôtres ranges ensemble en face de lui ; Saint Pierre à genoux recevant les clés, — genre d^effet très-élevé particulier au génie de Raphaël, — cet ouvrage ne serait que joli au lieu d'être beau.

« Lorsque Raphaël rassemble ses Docteurs et ses Saints dans la Dispute du Sainl-Sacrementf rien n'est plus froid que ce qui semble se passer entre ces personnages; ils ont des poses contrastées dont les lignes, à la vérité, sont d'une étonnante combinaison, mais qui n'établissent entre eux aucun lien moral.

a Dans les Noces^ de Paul Véronèse, je vois, au contraire, des hommes de figures et de tempéraments variés en communication intime; je les trouve passionnés et vivants, effet si difficile à rendre dans une scène calme et presque sans mouvement. Le Beau est-il à la fois dans la Dispute du Saint-Sacrement et dans les Noces de Canaf Peutôtrc; mais il s'y trouve dans des sens bien

dilTérenls. Le style est aussi fort dans l'an que dans l'autre tableau, puisque le style, quoi qu'on en puisse dire, ne consiste absolument que dans Pexpression libre, originale des qualités propres à chaque mattre.

a Là où un peintre cherchera une expression, un stylo de conyention, il sera tendu, il perdra son cachet; là où il s'abandonnera franchement à son originalité, qu'il s'appelle Raphaël, Michel-Ange, Rubens ou Rembrandt, il sera toujours sûr de sa grandeur et de sa puissance. »

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