‹ Eugène Delacroix: documents nouveauxChapitre 8 sur 12 · LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE

« La musique a besoin d'être connue et appréciée à plusieurs reprises. Il faut aussi que le musicien ait établi Tautorité de son style ou qu'il en ait au moins donné la compréhension par des ouvrages assez nombreux. Une inslrumenlalion pédanlesque, un goût d'archaïsme donnent quelquefois dans l'ouvrage d'un homme inconnu l'idée de l'austérité et de la simplicité ; une verve quelquefois déréglée, soutenue de réminiscences habilement plaquées et d'un certain brio dans l'instrumentation , peut faire l'illusion d'un génie fougueux, emporté par

ses idées et capable de plus encore ; ce qui s'appliquerait à Mendelschn. Il manque d'idées et cache de son mieux cette absence capitale par tous les moyens que lui suggèrent son habileté et sa mémoire.

« Il y a peu de musiciens qui n'aient trouvé quelques motifs frappants. L'apparition de ces motifs dans les premiers ouvrages du compositeur donne une idée avantageuse de son imagination; mais ces velléités sont souvent suivies d'une langueur mortelle ; ce n'est pas cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs les plus heureux 9 souvent dans de simples accompagnements.

« Ce n'est plus cette richesse d'un fonds toujours inépuisable et toujours prêt à se répandre qui fait que l'artiste trouve sous sa main ce qu'il faut, ne passe pas son temps à chercher toujours le mieux, et à hésiter ensuite entre plusieurs formes de la même idée.

« Cette franchise j cette abondance, est le plus sûr cachet de la supériorité dans tous les arts. Raphaël, Rubens ne cherchaient pas les idées; les idées venaient à eux d'elles-mêmes, et même en trop grand nombre. Le travail chez de pareils hommes ne s'applique guère à les faire naître, mais à les rendre le mieux possible* »

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