‹ Eugene DelacroixChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

\'oyai;cs au Maroc i;t en Espagne, en i832. — Extraordinaire IJcondiic de Delacroix. — \.'Entrée des Croisés à Constantinople. — De'corati<jn du Salon du Roi à la (Chambre des députés. — Candidatures à l'Académie des Beaux-Arts, de iH'}-] à i.Sôy- — l'oui'quoi Delacroix ne pouvait taire école.

Delacroix quitta Paris dans les premiers juurs de janvier iS'xi, accompagnant son aini, le comte de Mornay, ambassadeur de la France prés Tenipereur du Maroc Muley Abd-Ehr-Rhaman. Il arriva à Tanger le 25 janvier. Son premier soin fut de parcourir la ville, et le même jour il écrivait à Pierret, « tout étourdi de tout ce qu'il avait vu : ... Je suis en ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu'il craint pouvoir lui échapper. »

Il aurait voulu tout prendre, tout dessiner, mais il y rencontrait des liiflicultés de toutes sortes. Quant à décider des femmes mauresques à }ioser devant lui, il n'y fallait pas songer. C'est tout au plus si quelques juives, moins timorées, consentent à se laisser dessiner.

Mais la vraie, la grande difficulté, c'était l'abondance même des choses à prendre : « Tout ce que je pourrai faire, écrit-il, sera bien peu de chose en comparaison de ce qu'il y a à faire ici. Quelquefois les bras

me tombent et je suis certain de n'en rapporter qu'une ombre. » « Je

suis même sûr que la quantité assez notable de renseignements que je rapporterai d'ici ne me servira que médiocrement. Loin du pays où je les trouve, ce sera comme des arbres arrachés de leur sol natal ; mon esprit oubliera ces impressions et je dédaignerai de rendre imparfaitement et froidement le sublime vivant et frappant qui court ici dans les rues et qui vous assassine de sa réalité. »

II a prouvé depuis que cette crainte était exagérée.

Il quitta le Maroc au mois d'avril et alla faire un voyage de quelques semaines en Espagne ; il fut également enchanté de ce qu'il y trouva. « Dans ce peu de temps, écrit-il, j'ai vécu vingt fois plus qu'en quelques mois à Paris. Je suis bien content d'avoir pu me faire une idée de ce pays... J'ai retrouvé en Espagne tout ce que j'avais laissé chez les Mores. Rien n'y est changé que la religion ; le fanatisme, du reste, est le même.

FEMME MAURE ALLANT A LA FONTAINE. Croquis à la plume.

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