A JULES VALLÈS
Dans ta tombe, toujours en fleurs, Pourquoi dors-tu, puissant athlète, Brutal et merveilleux poète, Oui cria toutes nos douleurs ?
Le peuple — ta grande famille — Pleure son héros abattu.
Vers toi, ce jour, il suit ta fille... Vallès, pourquoi nous manques-tu ?
Les jours de lutte sont venus, La colère prend aux famines !
Des champs, des ateliers, des mines.
Vont surgir les grands imprévus.
La Commune, aux bons camarades, Bat son rappel, comme autrefois...
Pour nous lancer aux barricades.
Il manque ce tocsin — ta voix !
^8 PORTRAITS d'hier
Qui soutient le clan financier ?
La Toge, inscrite à la police.
Mis hors la loi par la Justice, Le peuple se fait Justicier !
La vengeance atroce des maîtres Sur les petits sans pain s'étend...
On protégera ces jeunes êtres, Au nom de l'auteur de V Enfant.
Voici deux ans, plein de vigueur.
Du Cri soutenant la couronne, Tu montais au mur de Charonne, Une immortelle rouge au cœur.
L'an dernier, sur notre passage, Nul n'a rencontré ton regard.
Et pour le grand pèlerinage.
Tu manqueras, vieux communard !
Du doigt tu montrais sans pâlir, Au faubourg anémique et triste, La Bastille capitaliste.
Qu'il faudra prendre et démolir.
Pour qu'elle soit bientôt forcée, Nous concentrons tous nos efforts...
Et pour le jour de la poussée, Nous convoquerons tous nos morts !
Germinal vient, ce mois subtil Où dans le sang la sève bouge.
Le ciel déroule un drapeau rouge Aux couchers du soleil d'avril.
Pour tenir tête à la mitraille, Il faut plus d'un mâle étendard...
Vallès, nous mettrons en bataille.
Ceux qui suivaient ton corbillard '
En 1887 — année de sa mort — il m'envoya sa dernière poésie : Les souliers qui prennent l'eau, pour paraître dans le journal le Vanu-pîeds^ organe du Cercle Vallès, dont j'étais le secrétaire.
En novembre de cette même année, il s'éteignit, laissant à sa veuve et à sa fille, pour tout héritage, ses œuvres inédites, parmi lesquelles, avec autorisation, j'extrais les ^pièces suivantes :