Lettre àP
charme de la vie du chasseur, surtout pendant sa jeunesse. Alors la force du corps a besoin de se dépenser; mais Eugène était faible, et il ne ressentait de tout cela que de la fatigue.
La lecture lui convenait mieux : « Dis-moi, écrivait-il encore, à travers toutes ces choses, quels sont tes travaux, tes pensées et tes projets; moi, je n'ai pas plutôt revu cet endroit auquel j'aspirais, que je me suis pris tout de suite à regretter ce que j'avais laissé à Paris, dans toi et dans P... '. La chasse est une chose fort agréable; mais comme je suis peu adroit et que cet exercice demande une fixité d'idées sur une seule chose qui n'est que fatigante pour celui *qui n'en est pas passionné, je m'en dégoûte facilement; aussi c'est avec plaisir que je retrouve la lecture quand je rentre tout fatigué et tout crotté. Et toi, te reposes-tu avec Virgile et Homère de tes plaisirs campagnards? »
Pourquoi Delacroix se fit-il peintre? Il est certain que beaucoup de circonstances devaient le conduire à prendre cet état. Considérons d'abord qu'au moment de se choisir une carrière, il dut s'apercevoir que le nom de son père lui fermait l'entrée aux emplois publics sous le gouvernement des Bourbons; qu'il se trouvait, en outre, être le cousin de M. de La Valette, qui venait d'être arraché à la mort par le noble dévouement de sa femme, et dont le gouvernement poursuivit le nom avec grande passion pendant plusieurs années. Pour tenter une carrière industrielle ou commerciale, il fallait des capitaux qu'il n'avait pas, et d'ailleurs son aptitude ne le portait pas là. Notre ami, tout lettré qu'il était, n'avait jamais aimé la comptabilité,