‹ Eugène DelacroixChapitre 45 sur 85 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

celle apparemment que le public ne donne pas, et qui se fait entre quelques complaisants qui s'enferment pour se louer.

Grâce à sir Th. Lawrence et encore à quelques peintres anglais , dont les ouvrages ont paru avec éclat à nos expositions, le temps n'est plus où l'on demandait sérieusement s'il y avait des peintres en Angleterre, à peu près comme on demandait plus anciennement s'il y avait un théâtre. Quantité de personnes en France connaissent à peine le nom de Reynolds, pas plus qu'on avait ouï prononcer celui de Shakespeare il y a quatre-vingts ans. On sait à peine que, tandis que la pauvre peinture se mourait dans toute l'Europe, qu'elle se traînait énervée, déshonorée sur les traces de Vanloo et de quelques génies de même force, un vrai génie, Reynolds, continuait les grands maîtres en Angleterre, et il faut bien le dire, malgré un profond respect pour notre gloire nationale, il les continuait de manière à n'avoir point été surpassé par tout ce qui s'est fait depuis.

Lawrence a succédé à la réputation de Reynolds, son maître, et, tout imbu de ses traditions, n'est pas moins plein d'originalité. On trouve dans son portrait de Pie VII, autant que dans ses meilleurs ouvrages, ce talent particulier qu'il a eu seul peut-être à un si haut degré, celui de rendre d'une manière frappante l'âge, la complexion, toute l'habitude de ses modèles. Il paraît que le pape fut peint peu de temps avant sa mort ; au moins la maladie avait-elle déjà imprimé sur ses traits cette tristesse et cette langueur, sinistres présages de destruction. Pie Yll est entouré de mille chefs-d'œuvre et de toutes les merveilles du Vatican ; mais sa pensée est distraite et son œil éteint; on ne peut regarder sans attendrissement cette

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