DE PIE VII
belle ilgure; on y voit tout d'un trait la vie troublée de ce prélat, né pour la paix, et jeté par le hasard au milieu de chances orageuses. Rien n'égale la beauté des mains et des accessoires, qui relèvent avec un art infini les parties sur lesquelles le peintre a voulu fixer l'attention.
Par le grand nombre de ses productions capitales, Lawrence rappelle tout à fait ces anciens peintres dont la fécondité nous étonne, et que nous sommes convenus de nous figurer retirés dans leur atelier, soigneux de leur réputation seulement par de beaux ouvrages, peu hommes d'intrigue et de salons. Sir Thomas, qui, par son immense talent, peut se passer de l'intrigue, n'est pas moins courtisan poli que grand peintre. Ses personnages en prennent sans doute cet air noble et cette tournure distinguée qu'il sait donner à presque tous. Son talent se sent d'habitudes élevées et du commerce de l'aristocratie. Ce qu'on se demande avec le plus de surprise, c'est comment il suffit à tant de choses; car, malgré l'apparente facilité de sa manière, rien n'est plus consciencieux que son travail. Arrivé à un âge où on songe plutôt à vivre sur sa gloire passée qu'à en chercher de nouvelle, il semble un jeune homme plein d'ardeur, qui aurait sa fortune et sa réputation à faire. Ses tableaux, qu'on prendrait pour autant d'improvisations , tant sa touche a de vivacité , sont étudiés avec un soin qu'il porte jusqu'au scrupule, dans l'imitation de certains traits caractéristiques; et c'est là véritablement où il excelle, et où personne ne l'a sans doute égalé.
Les artistes anciens avaient craint d'animer leurs portraits des mouvements rapides des passions, et rien de plus sage que cette retenue. Ils peignent des figures sérieuses dans des attitudes simples et tranquilles. Pas plus de ces airs d'inspirés insupportables que de ces sou-