‹ Eugène DelacroixChapitre 81 sur 85 · Ses travaux à l'église Saint-Sulpice ont duré neuf ans · texte numérisé non relu

Ses travaux à l'église Saint-Sulpice ont duré neuf ans

l'ai marqué, m'avait fait espérer une copie pour vous, n'est plus directeur, et je ne connais, jusqu'à présent, personne dans la nouvelle installation. Voilà donc encore une espérance bien entamée, et à mon bien grand regret, je vous assure. Ce n'avait pas été sans peine que j'avais établi des relations avec M. Romieu, qui était à peu près invisible, et Dieu sait s'il sera facile de recommencer sur nouveaux frais.

Adieu, mon cher Andrieu. Pesez toutes ces considérations et tenez-moi au courant de ce que vous ferez.

A vous bien sincèrement.

E. Delacroix.

AU MEME

Ce 3 août.

Mon cher Andrieu, .

Je reçois à l'instant votre lettre et je m'empresse de vous répondre pour que nous prenions nos mesures d'après mes occupations et d'après les vôtres. Ce que vous me dites de votre impression est la mienne : la Vénus n'est pas encore retouchée, mais elle le sera dans le sens que vous dites. Je ne pense pas avoir besoin de vous avant une quinzaine. Je ne me trouve pas mal d'un peu de solitude pour ce que je fais à présent. Je n'ai pas achevé le grand tableau, quoique j'y aie travaillé; mais j'ai avancé beaucoup les dessus de portes. Ils ont tous été repris et j'ai courageusement agrandi les figures. C'était un point que

je ne pouvais supporter depuis que je les avais vus sur place. Grâce à cette modification, je crois qu'ils auront beaucoup gagné ainsi que l'ensemble du travail. Vous devriez profiter de votre séjour à Tours, surtout pouvant le prolonger, pour ébaucher ces nouveaux portaits dont on vous parle. Dans tous les cas, je vous tiendrai au courant en vous écrivant à Tours, si je ne reçois pas d'autres nouvelles de vous. Je crois avoir le temps nécessaire en procédant comme je fais : il n'y a presque pas de jour où je ne travaille, et quelquefois je fais de rudes séances. Je ne laisse entrer personne : ce silence et cette sécurité me font grand bien pour mon travail.

Soyez assez bon pour présenter mes compliments respectueux à M. le général de Court*'* et le remercier de son bon souvenir. Je suis charmé que vous ayez réussi à son gré et au vôtre, dans son portrait. Vous ne me parlez pas des commandes que m'annonçait monsieur votre oncle dans sa lettre.

Recevez, mon cher Andrieu, mille amitiés bien sincères de votre tout dévoué.

E. Delacroix.

AU MEME

Champro&ay, ce 17 octobre 1861.

Mon cher Andrieu,

J'ai reçu avec plaisir de vos nouvelles tout en déplorant l'accident qui vous était arrivé. Vous savez que ma prudence s'est souvent alarmée à votre sujet; votre force et

votre adresse vous donnent une confiance fort utile dans certains cas, mais qui peut donner lieu à des inconvénients. Il me semble, d'après votre lettre, que vous n'éprouvez plus de malaise maintenant, et je m'en réjouis sincèrement.

J'ai beaucoup travaillé et cependant j'ai été pendant plus d'un mois faisant des courses dont j'ai profité pour me reposer entièrement, ce qui m'a réussi, car je ne me suis jamais mieux porté. Je suis de retour ici depuis le commencement du mois. Je suis bien aise de ce que vous me dites de mes tableaux de Bordeaux et de Toulouse. Il est malheureux qu'ils fassent de l'effet quand il y a peu de public pour s'en apercevoir, et qu'ils en manquent totalement quand ils sont en présence des critiques du Salon. Au reste, cette expérience s'est renouvelée presque toujours pour tous mes tableaux.

Je ne sais où en est l'église : j'ai vu peu d'articles. Il y en avait de très-favorables, d'autres peu bienveillants. Je n'ai pas eu connaissance de celui de V Union ^ je vous remercie bien de celui de V Indépendance.

Vous n'écrivez pas très-bien; je me tire tant bien que mal du corps de la lettre ; mais vous devriez au moins mettre lisiblement votre adresse, et comme j'ai égaré celle de votre séjour en Bretagne, je vous envoie celle-ci à tout hasard dans votre pays.

Il me semble, comme à vous, qu'il y a déjà longtemps que notre travail est fini. J'ai oublié les énormes peines qu'il m'a données ; je suis comme la fourmi qui est prête à se remettre au travail après la ruine de ses travaux. La comparaison n'est pas juste pour ce qui regarde l'effet de ma besogne, et en somme je n'ai pas à me plaindre.

Travaillez, profitez de tous les instants ; si l'administration me favorise, peut-être retrouverons-nous nos séances

passées de mécomptes et d'espérances. Jusqu'ici on préfère me laisser à mes loisirs.

Recevez, mon cher ami, mille assurances affectueuses de mon sincère dévouement.

E. Delacroix.

A.U MEME

Ce 15 décembre 1861.

Mon cher Ândrieu,

Je reçois votre lettre à Paris, où je ne suis que depuis peu de jours. J'ai trouvé la campagne bonne, même par la pluie et la gelée. J'y trouvais une très-grande tranquillité que vous ne pouvez avoir étant chez des personnes dont vous êtes obligé de suivre les habitudes. Au reste ma santé continue à être bonne, et je vous remercie bien de m'en demander des nouvelles.

Je ne comprends pas bien ce que vous me dites au sujet de la copie que vous voulez faire à Anvers; mais comme vous m'annoncez votre retour prochain, nous causerons de votre projet. Je regrette beaucoup que vous ne puissiez faire une copie de VHéliodore ; personne ne serait plus à même d'en faire une excellente reproduction.

Je pense souvent à nos séances dans l'église, comme le prisonnier qui, rendu à la liberté, regrette quelquefois le pain de munition mangé entre quatre murs. Au reste, je mène ici une vie aussi tranquille qu'à la campagne et je

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me dispense le plus que je peux des corvées du monde et de la politesse.

A bientôt donc et mille bien sincères amitiés.

E. Delacroix.

Votre papier était trop transparent, et cela nuit un peu à l'intelligence de la première page de votre lettre où vous me parlez de vos portraits ; j'y entrevois que vous n'en êtes pas mécontent; tant mieux, on plaît si difficilement aux autres, que c'est toujours quelque chose que de se plaire à soi-même. C'est un plaisir que je ne goûte pas aussi souvent que je le voudrais.

AU MEME

Ce 21 mai 1863.

Mon cher Andrieu,

Je vous remercie bien de votre bon souvenir, et suis particulièrement très-heureux que vous n'ayez pas éprouvé de mécomptes dans vos compositions. On n'achève bien que ce qui est bien préparé ; vous recueillerez le fruit des efforts préliminaires que vous avez faits.

.le ne doutais pas que vous ne fussiez bien reçu par M. Girard : c'est un homme excellent à qui je vous prie bien de faire mes compliments et tous mes remercîments.

.le n'ai pas eu à me louer de ma santé et je n'ai pour ainsi dire rien fait depuis que je vous ai vu. Le rhume que j'ai depuis près de trois mois est aussi violent, et j'y ai ajouté les inconvénients d'une chute que j'ai faite sur

l'angle d'un meuble et qui m'a causé un très-grand ébranlement. J'ai aussi les yeux en mauvais état pour avoir trop lu, ne pouvant travailler. Je fais mes paquets pour changer d'air, et j'espère que la campagne me remettra en état de travailler avec suite, ce qui chassera l'ennui et la tristesse.

L'associé de M, Marville s'est acquitté très-bien sur la lettre que je lui ai écrite.

J'ai vu la duchesse deux ou trois fois avec beaucoup de plaisir. Je crois qu'elle vous regrette beaucoup et voudrait s'occuper de peinture. J'entends dire qu'elle a beaucoup de succès pour ses bustes, dont l'Impératrice lui a fait de très-grands compliments; je pense qu'elle doit être satisfaite. Vous devriez lui écrire et lui donner votre adresse; je ne doute pas qu'elle n'eût du plaisir à vous entretenir de tout cela.

Ne négligez pas d'accepter les commandes qu'on pourra vous faire, surtout si vous deviez les refuser en vue dea travaux que nous pourrions faire ensemble. La mauvaise campagne que je viens de faire ne me dispose guère à me lancer pour le moment dans les grandes entreprises, malgré la passion que j'ai pour elles; mais il faut que la passion cède à la raison. Je suis à un âge où il faut s'accoutumer aux privations.

Haro m'a parlé des chagrins que vous avez eus à l'Exposition; les artistes sont traités d'une manière abominable, et cet état ne cessera pas tant que le jury sera institué comme il est.

Tenez-moi toujours au courant de ce que vous faites Ce travail va augmenter votre confiance en vous-même; c'est l'élément le plus nécessaire pour réussir dans toutes choses.

Recevez, mon cher Andrieu , mes reniercîments de

voire bon souvenir et la nouvelle assurance de ma bien sincère amitié.

E. Delacroix.

Jenny vous remercie bien d'avoir bien voulu vous souvenir d'elle.

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