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Ceci est dit ironiquement

situation médiocre comme fortune et avec zéro d'ambition, je ne suis absolument forcé à aucune démarche ni représentation quelconque.

Je vous envoie mille et mille tendresses de cœur en attendant le plaisir de vous les dire sans tousser et sans cracher. E. Delacroix.

A LA MEME

Cbamprosay, par Draveil (Seine-et-Oise). Ce 31 août 1857.

Chère amie, je vous écris bien tard ; peut-être êtesvous déjà partie pour votre excursion des Vosges ; cela me priverait probablement d'un petit bout de réponse de voti e part, qui me ferait pourtant beaucoup de plaisir. J'ai été ici dans les affaires tout en venant pour m'y reposer. Imaginez que le propriétaire de la maison que j'habite me déclare à mon arrivée qu'il a l'intention de la vendre. Qu'eussiezvous fait à ma place, en présence de la nécessité de déménager? Probablement ce que j'ai fait. J'ai acheté la bicoque, et aujourd'hui je suis propriétaire et j'ai pignon sur rue. Voilà les bonnes résolutions, ce sont celles qu'on prend tout de suite. Mon acquisition ne me ruinera pas, et elle a pour moi une foule d'avantages, dont le premier, qui vaut tous les trésors de la terre, est de me donner la santé ; car j'éprouve toujours le plus grand bien de tous les séjours que je fais à la campagne. Je vous raconterai à notre prochaine entrevue les détails de mon affaire. J'ai ici aimable société ; je n'en use qu'à mes moments ; on a la bonté de me souffrir comme je suis, et les alternatives de solitude et de société me sont fort agréables. Décidément ma santé

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se trouve bien de la campagne ; la tranquillité profonde que j'y trouve à volonté y est pour beaucoup ; je regrette bien à présent d'avoir été m'ennuyer pendant un mois à Plombières. Je retrouve ici la santé tout en travaillant.

Je ne sais encore quand je reviendrai à Paris; mon infernal travail de Saint-Sulpice me rappelle, et d'un autre côté les petits arrangements que j'ai à faire par suite de l'acquisition de mon chalet me tiraillent par ici. Un mot, chère amie, si vous êtes encore à Paris. Vous me rendrez bien heureux. Je vous envoie en attendant les tendresses les plus dévouées. E. Delacroix.

A LA MEME

Château d'Augerville-la-Rivière, par Malesherbes (Loiret). Ce 10 septembre.

Chère amie, je suis ici depuis une huitaine de jours: j'en partirai à la fin de cette semaine probablement. J'y trouve toujours les mêmes distractions douces et un véritable repos, car les affaires ne peuvent venir me trouver jusqu'ici. Vous connaissez l'amabilité de M. Berryer et combien il est attentif à tout ce qui peut plaire à ses hôtes. Lui-même se repose complètement après de laborieuses courses de tous côtés : il se porte bien après ses maladies de ce printemps, et jouit de ce bel endroit qu'il embellit toujours. Voilà une bonne vie : je ne fais rien que me mettre à table , en sortir, me promener et me remettre à table, et puis me coucher pour recommencer le lendemain. Liberté entière pendant les entr' actes. Que je vous souhaiterais cette bonne manière de passer le temps ! mais il vous faut plus de distractions que cela : car il me semble que si

VOUS vouliez vous trouveriez cela chez quelques amis heureux de vous posséder. Quand ce ne serait que de varier son genre de vie, ce serait encore un plaisir. Lire quand on est las de la conversation, voir de beaux jardins, de belles eaux ou de belles montagnes, cela fait bien un peu diversion avec les spectacles qu'on peut avoir à Paris, sans parler de ceux où l'on va s'enfermer le soir, ou plutôt où l'on va étouffer. Sortez de votre paresse, chère amie, car ce n'est pas autre chose qui vous empêche d'aller un peu çà et là. Vous vous en porterez mieux et votre retour dans vos habitudes vous paraîtra d'autant meilleur.

E. Delacroix.

A LA MEME

Augerville, par Malesherbes (Loiret). Ce 17 octobre 1862.

Chère amie, je tiens bien tard la promesse que je vous ai faite de vous écrire, non pas qu'il y ait ici plus de divertissements qu'à l'ordinaire : mais la vie fainéante que je mène, les bons repas, l'exercice m'ont réduit à l'état de machine, et je n'ai pu jusqu'ici me résoudre à touchera une plume que pour des affaires indispensables.

Je pense que je resterai encore jusqu'au milieu de la semaine prochaine ; j'ai dans mon atelier beaucoup d'ouvrages qui me rappellent, et vraiment il y a des moments où cette oisiveté me pèse un peu. On joue beaucoup le soir, et comme je ne touche jamais une carte, je me trouve un peu livré à moi-même. Il y a ce bon côté que je peux après le dîner, quand le temps est passable, faire des marches et contre-marches devant le château, qui font passer

LiriTUES A DIVERS. J541

ces dîners trop succulents. J'ai eu, il y a quelques jours, des clairs de lune ravissants. Il y a aussi de temps en temps un peu de musique. Batta en fait d'excellente : malheureusement il n'est pas accompagné convenablement ; cela le refroidit et l'empêche de jouer souvent. En somme on me dit que j'engraisse, mais je crois que c'est par politesse, pour m'engager à rester un peu plus longtemps.

Si vous le pouvez, écrivez-moi quelques mots de votre santé et de vos occupations. Une lettre de vous sera pour moi un événement bien agréable au milieu de cette douce monotonie qui fait que tous les jours se ressemblent ici. Le maître de la maison me montre plus d'amitié que jamais, et veut organiser quelques parties pour aller aux environs. Pour moi je préfère faire toujours la même chose, c'est-à-dire ne rien faire. Je n'ai pas même le courage de lire, car je m'endors sur les livres les plus amusants ; il n'y a que les journaux dont les commérages ont le privilège de m'amuser, comme toujours. Je regrette bien de ne pouvoir jouer : cela ferait une grande diversion dans tant d'heures inoccupées ; mais c'est une faculté qui m'est refusée, et chaque fois que j'ai voulu me révolter contre cette incapacité, j'ai été convaincu de nouveau qu'elle était radicale.

Recevez, etc. E. Delacroix.

A LA MEME

Ce 'iô octobre.

Chère amie, je commence à craindre que ma lettre ne vous trouve partie ; je m'empresse à tout hasard au milieu

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de mes ennuis à vous envoyer quelques mots en réponse à votre bonne lettre. Je ne suis de retour d'Augerville que depuis quelques jours : votre lettre était ici bien avant moi. Je suis charmé que vous ayez pris un peu de distraction avant l'hiver : votre santé s'en ressentira. Pour moi je me porterais mieux si je vivais à la campagne. J'ai trouvé outre cet agrément, chez Berryer, celui de sa société à lui, qui est la plus agréable qu'on puisse avoir. Il y avait là peu de monde ; en outre, un peu de musique, des promenades, une cuisine excellente et pleine de périls, comme tout ce qui est excellent, par la tentation où on se trouve toujours d'abuser. A peine revenu, je suis moins satisfait. Je n'ai plus ici, pour digérer ces fameux déjeuners, des avenues à perte de vue et le grand air ; une course en fiacre à mon logement pour presser mes ouvriers et une promenade sur des trottoirs crottés , voilà ma ressource ; aussi n'ai-je plus le même appétit. Le fantôme du déménagement, qui va devenir une réalité, se dresse devant moi. Vous comprenez combien il est compliqué pour moi, à cause de mes tableaux et de mes dessins. Enfin la nécessité est l'auxiliaire le plus puissant et celui qui fait faire toute chose, et j'y compte comme sur mon meilleur aide de camp.

Revenez donc m'encourager. Je suppose que vous êtes là avec M'"^ de Q : dites-lui mille choses respectueuses de ma part et recevez en même temps, etc.

E. Delacroix.

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