prairial an ix
0. Officier de la Légion d’honneur le 19 décembre 1807, commandeur le 9 octobre 1820. Chevalier de Saint-Louis, octobre 1801; de la Couronne de fer, 19 février 1819.
Au mois de septembre 1830, le général Delacroix eut le désir de rentrer au service, et il sollicita, avec l'appui de son frère Eugène, le commandement d’une place forte dans le nord de la France. M'ne Dal... s’occupa de cette affaire. Le général Corbineau commandait alors la division de Lille. Mais le général Delacroix échoua, et il demeura dans la retraite, à Tours.
Dans un voyage qu’Eugène fit aux Eaux -Bonnes en 1845, il ne put rejoindre son frère, qui était alors à Mestras, près de Cujan. Ils se virent peu pendant le cours de leur vie; ils s’aimaient, les liens du sang ne perdirent jamais de leur force; mais les rapports d’esprit, d’éducation et de monde ne les réunissaient pas, et de longs intervalles s’écoulèrent sans qu’ils eussent occasion de s’écrire ou de se visiter.
Mme de Yerninac, fille de Charles Delacroix et sœur d’Eugène, était une femme très-belle, et d’une grande distinction. Elle avait épousé M. de Verninac-Saint-Maur, ambassadeur de France à Constantinople. Elle eut de ce mariage un seul fils, Charles de Yerninac, qui fut envoyé comme vice-consul en Amérique, et qui mourut en quarantaine à New-York, en 1834, des suites de la fièvre jaune qu’il avait contractée à la Vera-Cruz, à son retour de Valparaiso.
Il existe un portrait de Mme de Verninac peint par David, et grand comme nature, qu’Eugène conservait précieusement dans son salon. Son admiration pour le talent du peintre se mêlait, dans le culte qu'il avait pour cette peinture , à la tendresse qu’il portait à la mémoire de sa sœur. Il a par testament légué ce portrait à M. de Yerninac, son cousin, président du tribunal de Tulle.
Le troisième enfant, le jeune Henri Delacroix, eut
une fin mélancolique. La bataille de Friedland venait de finir, chacun se retirait; il rencontra son frère, depuis le général; ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, et se félicitèrent réciproquement. Henri donna à Charles moitié d’un morceau de pain qu’il avait caché, chose précieuse, à ce qu’il paraît, à ce moment: et à peine s’étaient-ils séparés, qu’un dernier boulet de canon emportait le malheureux Henri.
A ces quatre enfants, Al. et M",e Charles Delacroix avaient ajouté une fille d’adoption; c’était la jeune Irène Cervoni, fille du général de ce nom, restée orpheline par la mort de son père, tué k Eckmühl en 1809. Mme Charles Delacroix faisait élever Irène à Écouen; elle surveillait son éducation et lui prodiguait les soins et les sentiments d’une mère; Eugène l’appelait sa sœur. AIlle Irène Cervoni a épousé, au commencement de 1813, le baron de Maupoint, et Mrae la baronne de Maupoint est aujourd’hui la seule qui survive à cette première branche de Charles Delacroix, à peu près éteinte dans la personne d'Eugène.
« Quand un homme possède, avec les hautes qualités du cœur, la grâce, l’agrément et les dons immuables de l’esprit, on peut affirmer sans crainte que la main d’une mère a cultivé soigneusement la jeune plante qui devait porter de pareils fruits. C’est ce qui était arrivé à Eugène Delacroix ; il ne parlait de sa mère qu’avec une tendre et pieuse admiration. Elle était de ces femmes dont le mérite a ce touchant et ce sympathique que donnent les grandes épreuves honorablement supportées.
« Les événements de la Révolution avaient été pour elle, comme pour tant d’autres, une seconde et plus forte éducation. Née d’une famille d’artistes, elle était, par sa
distinction naturelle, à la hauteur du salon de son mari1. »
Lorsqu’il la perdit, Eugène n’avait que 15 ans, mais il avait assez vécu auprès d’elle pour retenir et s’assimiler beaucoup de ses nobles sentiments.
Le respect et la confiance qu’inspirait le caractère de Mme Charles Delacroix se comprennent très-bien à la lecture des lettres que lui adressait, d’Allemagne et d’Italie, son neveu, M. Bataille; celui-ci, officier d’état-major, attaché à la personne du prince Eugène, revenait de X ilna , blessé en 1813, au moment où son cousin, le général Delacroix, frère d’Eugène, était resté, blessé aussi, entre les mains des Russes.
On a répété plusieurs fois que Delacroix, dans sa jeunesse, avait failli périr trois fois de mort violente dans le cours d’une année. Nous ne savons réellement cette chose que par lui-même, et voici comment il la racontait. 2 :
« Mon père, vers l’époque de la paix d’Amiens et avant de venir à Bordeaux, avait été préfet à Marseille, où son nom est encore honoré, à cause du bien qu’il y a fait. 11 m'arriva là, et je crois dans moins d’une année, une suite d’épreuves singulières, dont la moindre eût suffi à emporter de ce monde, dans lequel je ne faisais que paraître, un être moins frêle que moi. Je fus successivement brûlé dans mon lit, noyé dans le port de Marseille, empoisonné avec du vert-de-gris, pendu par le cou à une vraie corde, et presque étranglé par une grappe de raisin, c’est-à-dire par le bois de la grappe, accident dont la présence d’esprit, de ma mère me sauva par miracle. Je vous dis cela, à vous, parce que, assurément, cela démontre que la Providence avait des vues sur moi, et que je ne devais pas