Lettre à S
En même temps son goût se formait. Il comprenait que le talent n’est sûr et que l’indépendance ne s’établit que par une instruction complète. 11 lisait Homère , Virgile et le Dante. Il écrivait ses pensées et ses jugements sur divers sujets.
D’autre part, il déclinait cependant, vers cette époque, la mission de coopérer à la rédaction d’un dictionnaire des beaux-arts. Peut-être , plus tard , aurait-il voulu faire l’ouvrage tout seul. On trouvera ci-après (troisième partie) quelques réflexions qu’il avait écrites sur ce sujet et que nous avons recueillies sur ses feuilles volantes.
Au mois de juin 1829 il quittait l’atelier qu’il avait occupé rue Saint-Dominique-Saint-Germain, n° 36, pour venir se fixer quai Voltaire, n° 15. Sa vie alors était celle d’un homme du monde; il se voyait recherché de toutes parts et il se plaisait lui-même dans la société des gens bien élevés et des hommes d’esprit.
« Les quelques soirées oû je vais par habitude, ditil ', m’ennuyer ou me désennuyer, finissent, au total, palme fatiguer physiquement à l’excès. Le plus souvent je suis accaparé par quelque jobard qui me parle peinture à tort et à travers , pensant que j’emporte de sa conversation une haute idée de sa capacité. De femmes, on ne m’en procure pas, je suis trop pcâle et trop maigre. La grande occupation de mon existence , celle qui tient en suspens et en échec les hautes et puissantes facultés que la nature m’a accordées, au dire de quelques bonnes gens, c’est d’arriver à payer mon terme tous les trois mois et de vivoter mesquinement. Je suis tenté de m’appliquer la parole de Jésus-Christ qui dit que son royaume n’est pas de ce