‹ Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvresChapitre 52 sur 88 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

rires qui vous poursuivent dans des portraits ridicules, dont les vénérables originaux sont couchés dans leurs tombeaux depuis des siècles, et fort sérieux , je pense, comme dit Mercutio.

Avec un rare bonheur, Lawrence évite la roideur de certains maîtres, sans tomber dans les grâces minaudières d’une époque plus récente. Ses personnages vivent réellement; ils pourraient marcher, se mouvoir. Il saisit sur les traits la nuance la plus délicate de mélancolie ou de gaieté; et ce n’est encore qu'une partie de son talent. L’effet le plus pittoresque ajoute un admirable relief à ces têtes déjà si pleines de vie. On peut le blâmer de pousser quelquefois jusqu’à l’affectation quelques recherches de contrastes piquants et inattendus ; mais au milieu de ses caprices les plus bizarres, il vous captive encore : l’œil est forcé de le chercher, de venir à lui. Son tableau est une espèce de diamant qui brille tout seul là où il se trouve, et qui éteint tout autour de lui ; par des moyens exagérés : d’accord ; par une extrême coquetterie dans le choix de ses tons : passe; mais il frappe, il éblouit, et non pas aux dépens de la finesse et de la vérité de son dessin , qui , dans les têtes, est incomparable. Sa couleur pleine d’éclat vous fixe devant sa toile ; il vous enferme dans un cercle magique pour forcer votre attention et la concentrer tout entière sur l’objet principal, sur la figure dont les yeux semblent vous suivre et vous communiquer une émotion véritable.

Piien de plus répandu que cette sotte opinion, que le portrait est un genre secondaire. Qu’y a-t-il pourtant de plus intéressant que les traits d’un homme célèbre ou que la naïve représentation d’une jeune et belle personne, à moins que vous ne préfériez à des yeux brillants de santé,

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