‹ Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvresChapitre 53 sur 88 · DE FIE VII · texte numérisé non relu

DE FIE VII

à des lèvres fraîches et vermeilles, et à tout ce que la jeunesse peut répandre de charmes sur un visage, ces figures insipides qui se tordent et se démènent dans de grands tableaux où on ne sent que l’effort, et qui vous laissent de glace ?

Le peintre de portraits n’a qu’à copier, dites-vous? le modèle est devant lui ; qu’il le saisisse. Mais avec les traits qui forment la physionomie, vous voulez une âme qui les échauffe et qui y respire. Le peintre qui crée un tableau, le voit ou croit le voir dans son imagination ; mais qui le contraint de suivre telle ou telle donnée, et, quand il en vient à l’exécution, qui me prouve qu’il ait retrouvé sur la toile seulement une ombre effacée de ce qu’il avait conçu?

11 n’est point d’artiste, point d’écrivain qui n’ait mille fois composé avec le désir de rendre précisément ce qui lui vient dans l’esprit. Je suppose la volonté la plus ferme, la tête la plus active à poursuivre ses pensées, ne lui échappent-elles pas souvent à mesure qu’elles lui viennent? On n’en donne alors que la moitié, que le quart; quelquefois l’une vous mène à l’autre de telle sorte que vous oubliez la première. La fantaisie, un hasard heureux, peuvent faire prendre à vos idées une tournure différente. Soit, au contraire, un portrait, Napoléon par exemple, dont il faut saisir les traits, un homme que tout le monde pourra voir afin de comparer la copie au modèle : il s’agit de le faire revivre, de lui donner le mouvement et la saillie sur cette surface muette, et de montrer pourtant tout ce qui l’entoure, de peindre jusqu’aux moindres détails, sans distraire l’attention que demandent les traits du visage. Voilà, et j’en demande pardon à tant de peintres soi-disant d’histoire, qui , à vrai dire, ne peignent pas mieux l’his-

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