Eugène Drolet ou L'écolier modèle [microforme]
Nous commençons aujourd’hui la publication d'une notice biographique assez étendue sur un élève du Colége de St. Hyacinthe, mort ily a 16 ans, mais dont le souvenir souvent rappelé est un sujet continuel d'édification. Le nom d’'Eugène Drolet est prononcé parmi nous avec une sorte de vénérati- On à cause de la renommée, nous dirons presque de sainteté, qu'il a laissée en cette institution.
Souvent on a senti le désir de livrer à la publicité le récit de ses vertus, afin que la mémoire s’en perpétuât sans altération. Nous sommes heureux de pouvoir commencer aujourd’hui dans le Collégien à réaliser ces vœux légitimes.
Ilne s’est pas agi d’un travail à faire actuellement dans
ce but, en recueillant des faits dans les souvenirs qui s'étaient
conservés, et en les coordonnant pour en composer une bio-
graphie : cette œuvre était déjà faite depuis quelques années maïs elle était restée inconnue.
Eugène Drolet.a du en grande partie ses progrès dans la piété, et il va devoir l'honneur qui s'attachera à son vom, au bonheur d’avoir eu un directeur dont les lumières, la bonté, et l’ardent amour pour Dieu ct les âmes avaient attiré sa confiance ; son confesseur s’est fait son biographe. Hélas ! c'est aussi de la tombe que sort la voix qui va. nous parler des vertus de celui dont la tombe renferme les restes ; Mr. Gendrou,
c’est de Jui que nousvoulous parler, «est mort il Y a quatre ans.
M. Gendron cachait sous les dehors de la plus humble modestie de hautes facultés intellectuelles, des connaissances très-étendues sur certaines matières et un talent d’enseignement qui le rendait très-utile à l'institution à laquelle il appartenait. En même temps les plus belles qualités sacerdotales apparaissaient en lui ; il avait surtout le zèle de la sanctification des âmes. Il cherchaità inspirer aux élèves quelque part à la vive piété qui l'animait lui-méme. 11 sentait que c'est uneineffable jouissance pour le prêtre de maintenir de jeunes cœurs dans le bonheur etle mérite de l'innocence, de les forser à la pratique des vertus chrétien. nes de les embrañer d’un ardent et tendre amour pour le Dieu qui a tant aimé les hommes.
Il avait le regard clairvoyant ; il eut bientôt deviné dans Eugène Drolet une disposition à la’ piété, due à Ja grâce et à l’éducation maternelle. Il s’empara de son âme et il en fit l'onjet de la prédilection de son zèle. Le jeune élève apprécia l'avantage d’avoir un tel guide : il s’attacha à celui dont le ciel lui avait inspiré le choix. Il lui ouvrit son âme dans tous ses replis, et lui fit connaître toutes ses inclinations. Heureux les élèves qui savent ainsi faire pénétrer dans leurs cœurs ceux qui en ont la garde spirituelle ! de combien d'illusions dangereuses ils se préservent ; que de piéges funestes tendus à leurs pieds ils savent éviter ! La connaissance des voies que doit suivre la vie dans les desseins dela Providence,
le bonheur du temps êt de l'éternité, sont souvent l'effet de la confiance et de la docilité envers les directeurs quela bonté de Dieu offre au jeune âge, siinexpérimenté et si exposé à tant de séductions.
Par suite de cette intimité qui s'établit entre Eugène Drolet et Mr. Gendron, celui-ci connut tous les sentiments de l'âme de son pieux élève : ce que l’hnmilité cachait aux
autres, une confidence filiale le lui a fait connaître. Ila pris note des paroles et des actions édifiantes du jeune homme en qui il.voyait des effets si marqués de la grâce divine.— Après sa mort, il peusa qu'une grande édification serait produite pour les élèves de notre maison par une notice qui leur fit connaître en détail ce qu'avait été leur vertueux confrère.
Mais, dans son humilité, il crut qu’il ne pouvait lui-même faire cette œuvre ; je n’ai pas, disait-il, le talent d'écrire : je ramasserai bien ies matériaux : mais il faudra une autre main que la mienne pour les revêtir d’une forme convenable, * C'est sous l'influence de ce sentiment qu'il écrivit la biographie d'Eugène Drolet : il ne songea nullement à y mettre de l'art. Bientôt atteint de la longue maladie qui l’a enlevé, il ne revit pas son travail. Il dit seulement qu'il laissait des notes qui pouvaient rappeler les vertus de celui qu’il avait dirigé.
Ce sont ces notes, telles quelles ont été écrites, que nous reproduisons. Elles forment un ensemble suivi et, malgré l'absence de toute prétention à une œuvre littéraire, elles se lisent avec le plus vif intérêt ; on y respire un parfum de piété qui réjouit et sanctifie le cœur. En les publiant textuellement, nous avons voulu rendre hommage à celui qui les a écrites, et en même temys faire connaître un élève du Collége de St. Hyacinthe dont les vertus feront son honneur et son édification.
EUGENB DROLET
OÙ