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LA PREMIÈRE ENFANCE D'EUGÈNE

Eugène Drolet naquii à Ste. Elisabeth, dans le diocèse de Montréal, le 1er Septembre 1842. Il était issu d’une très- respectable famille : son père, Olivier Drolet, était frère ju-

meau de feu Mr Hector Drolet, mort curé de St Judes ; et sa mère, Eutälie Pelletier, appartenait à l’une des plus honorables familles de Montréal.

Cette pieuse mère, sachant que la vertu est le plus bel orne. ment du chrétien, s’appliqua toujours avec un grand soin à en inspirer le goût à ses enfants, qu'elle aimait de la plus vive affection. Eugène paraissait cependant avoir dans le cœur de cette bonne mère une place de prédilection à cause des dispositions qui déjà pouvaient faire présager à quel

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—àÿ—degré de sainteté il devait parvenir dans la suite. dre Son intelligence, qui se développa de bonne heure, lo ft profiter dès le bas âge de tous les enseignements qu'il recevait sur la religion. Les premiers mots qu’il apprit à artiouler furent, avec ceux de ses parents, les noms : de Jésus et de Marie. Onse plaisait dès lors à l'interroger sur les mysteres de la vie du Sauveur, et dès ses premiers bégaiements il apprit à réciter avec facilité les prières que les enfants mettent souvent plusieurs années à apprendre,

Doué d’un esprit vif et curieux, d’une mémoire heureuse àlaquelle étaient dus ses rapides progrès dans la petite science religieuse du foyer domestique, Eugène avait en outre reçu du ciel un cœur ardent, fait pour les grands sacrifices, un cœur docile à toutes les impressions de la grâce. Dieu l'avait aussi prémuni des bénédictions de sa douceur qui préparèrent son âme à recevoir l'empreinte de toutes les vertus.

On remarquait déjà en lui, dès sa plus tendre enfance, une dévotion extraordinaire envers la sainte Vierge ; dévotion qui, comme on le sait, est une des plus sûres marques de prédestination. Il déclara lui-même, dans la suite de sa vie, que sa teudre mère lui avait inspiré toutes sortes de pratiques envers Marie, et qu'une des premières prières apprises par lui après le Pater et l'Ave, fut le Souvenez-vous. Aussi la Sainte Vierge n’oublia pas son petit serviteur qui lui était déjà si fidèle. Eugène crut avoir été protégé d’une manière spéciale dans une circonstance où il courait. un grand danger. Il avait été laissé seul dans un bois par son père qui travaillait à quelque distance : tout-à-coup il entend le grognement d’un ours à quelques pas de lui. Quoique saisi par la peur, Eugène eut la pensée de s'adresser à Marie et, comme il le disait plus tard, avec plus de confiance qu'il n’en eut jamais dans sa vie, L'animal féroce s'éloigna bientôt ; le:

Le, au

A pieux enfant, plein de reconnaissance envers sa protectrice, le remercia de tout son cœur et conserva toujours dans son esprit cette ferme confiance que la Ste. Vierge veillait sur : lui avec une bienveillance particulièr e.

Une autre dévotion, qu’ont eue tous les saints, se manifesta chez Eugène dès ses plus tendres années ; c'est l'amour de la croix, qui devait l’inonder de co.:solat ons dans les oraisons, et l’occuper presqu'exclusivement dans les derniers temps de sa vie. Onle voyait donc encore jeune enfant faire de ses mains de petites croix etles susjeudre à la tête de son lit. -

Déjà il mettait en pratique l'exercice si utiie de l’examen de conscience à la fin de la journée. Cette habitude, qu'il 2 dit lui-même avoir contractée dans son enfance, lui servait à se purifier chaque jour des souillures que sa conscience délicate avait pu recevoir, dans un âge où la légèreté est la causela plus ordinaire qui fait agir. Cette pratique fut pour lui un préservatif contre des dangers auxquels il fut plus tard exposé, et toujours il y fut de plus en plus fidèle.

Ce fut avec de semblables dispo-itions qu’il commença à fréquenter les écoles de sa paroisse où ses talents distingués et une grande application lui firent faire de rapides progrès dans ses premières études. Il était toujours au premier rang dans ses classes. Aussi il s'attirait les applaudissements bien mérités de ceux qui visitaient l’école. Son maître ne cessait d’en faire des louanges, et il lui donnait de nombreux témoignages de contentement et d'affection. Affable avec ses compagnons d'enfance, agréable par sa gaieté et les saillies de son esprit, son amitié et sa société était recherchée de tous. Le bon exemple qu’il donnait sous tous rapports, et

surtout par sa vive piété, lui méritait l'estime et le respect général.

Souvent après ses heuros d'école, au lieu de retourner immédiatement à ia maison paternelle, on le voyait entrer à l’église et là, satisfaire son goût pour la prière et sa dévotion naissante envers l'adorable sacrement de l'autel.

T'out ce qui regarde le culte attirait singulièrement son attention ; la décoration des églises, les cérémonies &. Aussi regarda-t-il toujours comme un grand bonheur pour lui de pouvoir occuper nne place au chœur. Mais sa joie augmentait encore lorsqu'il avait occasion de servir la messe. Cet emploi qu'un certain nowbre de jeunes gens d'une foi peu vive ne remplissent qu'avec répugnance, eut toujours pour Éngène les plus grands attraits. Rien ne lui coutait se

‘ii sacrifait volontiers et son sommeil et ses récréations pour s'acquitter de cette sainte fonction dont les anges eux-méiues sout avides, ct par laquelle ils se croiraient grandement honorés. Il servait avec plaisir plusieurs messes de suite lorsque la règle et les circonstances le lui permettaient. Il exécutait les cérémoni:s avec tant de gravité, de modestie et de piété qu'il fesait l'édification de tous les assistants. Plusieurs prêtres, à qui il avait servi la messe, ont assuré que leur dévotion était augmentée en célébrant par le spectacle de

son recueillement et de sa ferveur.

À l'âge de dix ans, Eugène fut admis à faire sa première communion. Docile aux leçons de sa pieuse mère et aux enseignements d’un zélé pasteur, il adopta toutes les pratiques qu'on pouvait lui suggérer pour se préparer à cette grande action. C’est ordinairement à cette époque de la vie que l’on jette les bases d’une vertu solide, d’une piété ardente ; que l’on recueille les grâces abondantés dont les

*ffets se font sentir jusqu’à la mort, et souvent que l’on assu-

re sa prédestination. Eugéne comprit toutes ces vérités, et il

s’appliqua à déraciner en lui jusqu'aux moindres défauts, à

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purifier parfaitement son cœur et à l’orner des plus belles vertus, pour ne mettre aucun obstacle à l’action de Dieu.

Le vase neuf conserve longtemps l'odeur de la première i-. # A LU Li D 1 queur qu'on y a versé: de même l'âme de ce pieux enfunt re-

tint toujours l’empreinte du corps et du sang de Jésus-Chiist, et dès lors, plus que jamais, il commença à croître en sagesse ét en grâce devant Dieu et devant les hommes. Il ressentait une faim continuelle de cette nourriture céleste qui, comme nous le verrons plus loin, était pour lui la source d’un bonheur inexprimable. Eugène se rappela toujours avec émotion le jour où Jésus-Christ était entré pour la première fois dans son cœur. C'était pour lui le commencement d’une vie nouvelle, d’une vie en Dieu par l'union intime qu'il s’efforça toujours depuis de mettre entre ses sentiments et ses actions et les sentiments et les actions de Jésus, pratiquant ainki,

même avant de la connaîtreexplicitement. la recommandation

que St. Paul fait aux chrétiens : Aoc enim sentite in vobis quod et inChristo .Jesu, ayez en vous les mêmes sentiments

que ceux de N. 8. J. C.( Philipp. ©. 11)

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