OURS
qui tollis peccata mundi, miserere nobis, plusieurs fois répété—Muria mater gratiæ...le De Profundis— In manus tuas Domine...et beaucuup d'autres versets tirés des Praumes— le Sulve Regina qu'il récitait lentement pénétrant le sens de chaque mot. Sa voix trahissait son émotion lorsqu'il. en était rendu à ces mots : Ad te suspiramns, gementes et flentes in hâc lacrymarum valle. De temps en temps il faisait la communiou spirituelle, après s’y être préparé, en récitant les prières de la communion sacramentelle. ‘“ © mon Sauveur, disait-il, que vous êtes bon ! Vous voulez bien vous donner à moi ! — puis il continuait : Ecce Agus Dei— Domine non sum dignus—Ces paroles étaient suivies de quelque temps de silence, somme s’il eût véritablement reçu son Dieu.
Durant toute la journée, ce ne fut qu’une oruison contiuuelle, tantôt à haute voix lorsqu'il se croyuit «eul, ou avec la religieuse qui l’assistait, tantôt à voix basse on intérieurement lorsqu'il apercevait quelqu'un près de son lit. Qulque fois on l'intendait prier pour tous ceux qui lui avaient fait du bien, ainsi que pour ses parents. Mes jarents, disait-il ...... mes pauvres parents ...... Mi Pauvre mère ..,... ia bonne et tendre mère ...….
S'il détournait son esprit de la méllitation, c'était jour exprimer sa reconnaissance à la religieuse qui lui donnait ses soins—Que vous êtes bonne, disait-il souv:nt...je vous donne trop de trouble. je vous remercie. quelle vie de sacrifice ! …. que c’est beau !... Charits! Charité ! .… que c'est admirable ! ... que vous êtes heureuse, ma sœur | — Vous êtes plus heureux que moi, vous serez bientôt au ciel — Oui si vous priez pour moi—Hxt-ce que ça vous coûte de mourir ? — Ah! ça coûte toujours, mais j'espère que ma bonne mère aura soin de moi. :
Lorsque la sœur venait près de son lit, Eugene eaisissait
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A + avec empressement sa croix et la baisait avec amour : quand il fut devenu trop faible pour la prendre de lui-même, il la
demandait avec une expression vraiment touchante; et une fois
il ajouta : ‘ J'achève.….j’achève de porter ma croix. Comme il éprouvait une ardente douleur au coté, on lui dit : pense, Eugène, à la lance qui perça le cœur de Notre-Seiyneur, — Ah ! oui, je suis content !— Le 26, jour de la fête de St. Étienne, et le dernier de la vie d’E Eugène, on Ini rappela la mort de ce grand Saint, qui du moment où il fut lapidé, vit les cieux s'ouvrir et contempla Jésus assis à la droite de son Père. Depuis ce moment il ne cessa de dire au milieu de ses souffrances : Domine Jesu, accipe spiritum meum. Il répéta souvent cette helle invocation qui n’était que l'expression très-vraie de sa confiance et de son désir du ciel.
Par un heureux hazard, ou plutôt par une permission de Dieu, Eugène avait entendu lire avec admiration les leçons da second nocturne de l'office de St Etienne dans lesquelles lé triomphe de ce grand saint dans les Cieux contraste d'une manière touchante avec l'abaissement de Jésus dans sa pais sance,
Dans l’Avant-Midi, (sans avoir eu d'explications par Eugène lui-même) on peut croire que le démon voulut faire un dernier effort pour ravir cette belle âme à Dicu,ou bien que Dieu voulait donner la gloire à son fidèle serviteur de mourir les armes à la main en combattant avec constance jusqu'à la fin pour le Très- Hauc : non coronabitur nisi qui leyitime certaverit, On remarqua qu’ Eugène branla plusieurs fois la tête en disant * non. non, comme s’il eût refusé de consentir aux suggestions malignes du démon. Puis il leva la main gauch+, et semblait faire signe à quelqu'un de se retirer. Tout-à coup le pieux malade, effrayé, s'écria en agi: tant encore «a main : qu'est-ce que cela ? comme si ce qu'il
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apercevait eût pris une forme terrible et un air menaçant. Un prêtre qui était auprès de jui et observait ce qui se passait, l'engagea à prononcer le nom de Jésus, et il l’aspergea d'eau bénite. Aussitôt tout se dissipe, Eugène entre dans un cale parfait et il parut s'endormir pendant quelques instants. On racconte que le bienheureux Berchmans eut une épreuve de ce genre peu d'heures avant de mourir. Ce sont des rignes qui rassurent plus qu'ils n’effrayent les assistants sur l’état spirituel du malade. Lorsque Dieu veut purifier parfaitement une âme qui lui est chère, il n’a pas de creuset plus délicat qu: ja tentation.
Vers uue heure de l’après-midi, Eugène put encore se confe-ser, pour la dernière fois. Sa langue devint ensuite plus embarrassée, et on ne le comprenait plus que diffcilement. Dans une demande qu'il fit, on crut comprendre par le mot scapulaire qui fut mieux saisi, qu’il désirait être reçu du scapulaire du Précieux-Sang dont il avait entendu parler. Sor désir fut exaucé quelques instants avant sa mort. Sa dévotion euvers la passion de Notre-Seigneur lui avait mérité la grâce d’être couvert du sang de Jésus-Christ avant que de paraître devant le Souverain Juge,
Depuis deux ou trois jours, Eugène avait perdu l'usage d'un de ses yeux, ef devint complètement aveugle environ six heures avant de mourir, à peu près en même temps qu'il perdit l’usage de la parole, Il avait alors sa connaissance parfaite, Dieu voulait encore lui donner le mérite du sacrifice, en le faisant mourir ainsi comme par partie,
Après avoir fermé les yeux aux choses sensibles de ce monde, Eugène ne dut plus s'occuper que de Dieu. Car les sentiments de joie qui apparurent d'une manière bien sensible sur sa figure, par un doux sourire et un air plus animé que l’on remarqua trois ou quatre fois jusqu’au soir, indiquent
PE "0 qu’il se passait dans son âme quelque chuse de bien agréable. Il fut impossible de constater s’il recevait alors des faveurs extraordinaires de Dieu ou de la Ste. Vierge. ‘
Dieu réservait encore à Eugène, avant de quitter la terre, un sacrifice plus grand que ceux qu'il avait faits jusqu'a lors, c'était celui de sa tendre mère. Arrivée vers quatre heures de l’après-midi, elle ne put que recueillir les soupirs de son cher enfant: déjà, comme on l’a vu, Eugène ne pouvait plus contempler celle qui lui avait donné le jour. Il put cependant entendre les paroles affectueuses que lui adressa sa mère, et il en futému. Mais ce sentiment d'affection naturelle ne put pas le distraire longtemps de ses saintes occupations: car on le vit encore peu de temps après exprimer sur sou visage une joie qui paraissait provenir d'une source surnaturelle. Sa mère, qui était présente, se sonsola par la pensée qu’elle envoyait un Saint au Ciel,
Après que l’on eut récité à plusieurs reprises les prières des agonisants, à huit heures et demie du soir, le 26 Dévembre, fête de St Etienne, Eugène expira, entouré de plusieurs prêtres du Séminaire qui s'étaient rendus pour être témoins d'une mort qu’ils croyaient précieuse devant Dieu comme elle était belle devant les hommes.
Telle fut la fin de ce pieux élève dont la mémoire se perpétuera dans le collége de St. Hyacinthe, Ses vertus qu'il avait cachées autant que possible sous le voile de l'humilité brillèrent d’un vif éclat durant sa dernière maladie, comme un astre qui ne parait jamais plus beau qu'au moment de passer sous l’horison, :
Fin.
able. Voici l’inseri eurs
ption gravée sur le monument qui fut élevé à | la mémoire d
"Eugène Drolet par ses maîtres et ses confrères.
Ce monument, le plus beau de notre petit cimetière, est un À NE magnifique témoignage du respect et de l'affection que l’on . Le avait dans ie Séminaire pour l'Écolier modèle. À latre A ee D 1pirs pou- Hic jacet Il Eugenius Drolet.
Qui, cùm vixisset dres- Annos XVI, ‘tion Lætus obdormivit In Domino, 8 OC- Die XXVII Decembris mer Me A. D. MDCCCL VIII.
urce + j pre atutis : nsepif-decus, r la Pietatis exemplar.
Consummatus in brevi lères Explevit COTE Tempora multa Fa Homo ol: Sicut fænum, dies ejus OID$ Tanquam flos agri nme Sie eflorebit.
Eugenio Dilectissimo per- Præceptores et Condiscipuli qu'il Pecerunt.
ilité O Eugeni, Deo placens, si æ Ora pro eis.
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