EXPOSITION E. GRASSET
Nous avons naguère, à l'occasion du concours de Jeanne d'Arc, consacré une étude, ici même, à M. Eugène Grasset et à son œuvre.
Aujourd'hui, par les soins de M. Léon Deschamps, l'actif et artiste directeur de la Plume, s'ouvre une exposition très importante de l'œuvre de Grasset, dans le hall de cette Revue, rue Bonaparte.
Ceux qui ne connaissaient encore l'artiste que par ses belles affiches, ou par ses illustrations, éprouveront un des plus grands plaisirs d'art qu'ait pu leur réserver cette saison, en allant faire connaissance avec le Grasset décorateur, architecte, inventeur d'objets d'ameublement d'un raffinement et d'une science extraordinaires, avec le Grasset aquarelliste, gouacheur, peintre, lithographe, que sais-je?
Voilà un bel exemple d'universalité, c'est-à-dire de goût inné fortifié par de longues et très profondes études. M. Eugène Grasset a touché à tout et dans tout il a porté la forte marque de son imagination, de son savoir et de sa robuste pensée. Vous verrez là d'admirables cartons de vitraux et de mosaïques, des fragments exécutés (les vitraux, très savamment, par Félix Gaudinj, des croquis de meubles, de ferronneries, d'étoffes.
Puis des illustrations, des couvertures de livres, de périodiques, de partitions, des affiches et les maquettes de celles-ci, tout cela d'un goût étonnamment personnel et d'une exécution amoureuse.
Certes, une telle Exposition met M. Grasset au premier plan, que sa modestie n'aurait pas songé à revendiquer, et le suffrage de tous les artistes et de tous les connaisseurs va le venger hautement de la révoltante injustice qu'il subit lors du concours pour Orléans.
A. Alexandre.
{Paris, 6 avril.)
M. Eugène Grasset donne une exposition de ses œuvres dans les salons de la Plume. Il nous serait très difficile de louer cet artiste d'un talent si original, lorsque nous avons lu les pages si saisissantes de MM. Octave Uzanne, Jourdain, Alexandre, Arsène. Nous nous contenterons de signaler à nos lecteurs amis des arts l'ouverture de ce Salon. Nous avons toujours fortement préconisé ce genre d'exposition, où un seul artiste présente au public les fruits de ses travaux et de ses veilles. C'est là seulement que l'on juge ses progrès et sa v éritable' personnalité. Nous y applaudissons M. Grasset, comme illustrateur, architecte et décorateur ; décorateur, tel est le nouveau titre que lui permettent de se donner ses envois curieux d'ameublement.
Nous regrettons d'être obligé de donner une analyse si brève d'œuvres aussi importantes et nous espérons, la première fois, avoir le plaisir et la possibilité de parler plus longuement de notre grand illustrateur; terminons en offrant nos remerciments pour la gracieuse permission que nous avons reçue de reproduire l'intéressant dessin de M. Grasset.
{Le Radical, G avril.)
(L'Europe Artiste, 10 avril.
ET SON ŒUVRE
Parmi les nombreux artistes qui, durant ces dernières années, s'efforcèrent de manifester leurs talents et d'affirmer leurs personnalités dans des réalisations d'art variées et multiples, M. Eugène Grasset m'est toujours apparu comme le plus fécond et le plus heureux. L'ensemble de ses œuvres réunies rue Bonaparte dans les salons de la Plume révèle une fois de plus sa prodigieuse érudition, sa souple habileté, son imagination à la fantaisie si vive et à l'évocation si saisissante.
Peintre, décorateur, illustrateur, M. Eugène Grasset s'est renseigné partout et a tout étudié. Dans son œuvre on retrouve fréquemment des reflets des arts orientaux : les Persans, les Arabes, les Chinois, n'ont pas de secrets pour lui. Il a été très frappé par l'art étrusque, par l'art roman, mais il semble s'être attardé surtout fructueusement à la contemplation des œuvres des artisans et des vieux maîtres de l'ancienne France. Il s'est assimilé nos écoles de miniaturistes, les tapisseries de Colin Bataille, de Jacques Dourdin, nos verrières de l'époque gréco-byzantine à Robert Pinaigrier, notre gravure sur bois, des premières impressions xylographiques à Geoffroy Tory. Et de tous ces matériaux dont il n'emprunte jamais que l'esprit, dont il se borne scrupuleusement a nous donner parfois l'heureux souvenir, il a su tirer avec une adroite dextérité un art profondément original et personnel.
On retrouve, rue Bonaparte, ses illustrations, celles des Quatre Fils Aymon, qui furent à coup sûr le plus crâne des livres à images de ces dernières années et dont le succès fut pourtant si modeste : c'était le temps, qui a été, qui reviendra, des Manon Lescaut interprétées par M. Maurice Leloir, des Abbé Constantin enjolivés par Mme Madeleine Lemaire. Puis viennent les planches pour le Saint-Pleur de Richepin, les Noëls de Y Illustration, le Duel Mérovingien et la Chasse au temps de Charlemagne, etc., etc. On a rassemblé aussi toutes les couvertures de livres, de revues, de morceaux de musique, qu'il a dessinées et chacune d'elles ravit par la luxuriante richesse, l'imprévu délicieux de son arrangement.
Tous les Parisiens épris d'art et séduits naguère par les affiches de M. Grasset en retrouveront rue Bonaparte la collection complète. Ils reverront la Place Clichy, YEncre Marquet, Sarah Bernhardt dans Jeanne d'Arc et ils admireront une fois encore, et dans ses divers états, Y Age du Romantisme. Sur un fond tourmenté où de lourds nuages courent sur Notre-Dame, enflammée par le soleil couchant, pensive et mélancolique, rêve la Dame de i83o. Noblement habillée de noir elle regarde vers le portail tout rouge et montre son grand col blanc, sa nuque fière et sa coiffure étrange qui semble planer au-dessus de sa tête comme un grand oiseau triste. Jamais créature de Johannot, de Devéria n'a mieux résumé cette muse romantique qui flottait idéale, attirante dans les rêves de Mme Bovary .
J'ai surtout aimé parmi les aquarelles cette Prêtresse druidique qui bondit si joyeuse au seuil des forêts respectées, YHarmonie où dans un paysage florentin s'avance un cortège de jeunes gens, et enfin Y Aide offerte à Majorien où la grandeur du dialogue de Victor Hugo est traduite avec une puissance farouche si continue, si émouvante. Et j'ai goûté aussi les peintures : paysages parisiens, nettes perspectives de quais aux heures crépusculaires.
(G. de Malherbe, éditeur.)
Estampe D'EUGÈNE GRASSET.
Les cartons de vitraux pour la cathédrale d'Orléans si admirés de tous à l'Ecole des Beaux-Arts sont là également avec leurs ajours et racontent pieusement l'histoire de Jeanne d'Arc, tout près de Y Arbre de Jessé, pour l'église de Vic-le-Comte et des vitraux pour l'église de Riom„
L'exposition est complétée par une série abondante de projets de meubles à l'architecture tout ensemble archaïque et neuve, à des projets de serrureries curieusement orfévrés. Dans ces croquis d'objets usuels, Eug. Grasset a mis toute sa science ornementale, toute la sûreté de son goût parfait.
Je dirai pour terminer que j'ai été surtout frappé dans l'œuvre si évocatrice de M. Grasset par sa conception du moyen âge, d'un symbolisme si sobre, et si direct. A quelque période qu'il le prenne il est toujours chez lui, selon Verlaine, « énorme et délicat ».
Personne ne nous a mieux montré les intérieurs gothiques, les salles où s'épandent les mystères ou la terreur, les cathédrales compliquées et les villes fantastiques qui furent naguère... peut-être. Ce n'était pas facile après les beaux dessins de Victor Hugo et les surprenantes illustrations par Gustave Doré pour les Contes drolatiques de Balzac.
Pol Neveux.
(Le Jour, 21 avril.)
Eugène Grasset, épris de la vie du passé, en pleine possession de ses moyens d'enquête et d'évocation, l'imagination ordonnée, le métier su, expose à la Plume un ensemble d'oeuvres : affiches, étoffes brodées, mosaïques, dessins de meubles, fers forgés, vitraux, architectures, illustrations de livres, de journaux, etc. Arsène Alexandre explique fort bien, dans la notice du catalogue, comment tout procède, chez l'artiste, du sens architectural qui est en lui, de sa sûreté de constructeur. Ce sens aboutit à une vision archaïque, fait de Grasset un topographe, un archéologue, et aussi un historien par le dessin. Regardez toutes ces feuilles, ces villes, ces fortifications, ces machines de guerre, ces costumes. C'est le décor d'autrefois reconstitué avec une lucidité et une dextérité peu communes. Le livre des Quatre Fils Aymon est un beau résumé de cette science visionnaire et de ce goût décoratif. Le dessin de Grasset net, ordonné, logique, géométrique, mathématique, semble toujours avoir un aspect de pierre ou de fer. L'artiste est muni d'un don de clarté d'une rare intensité. Il élucide l'histoire, il donne une précision à tout ce qu'il a entrevu, à tout ce qu'il a rêve, au passé ressuscité, et même au fantastique.
(Le Journal, 17 avril.)
(Correspondance particulière de l'Aut Moderne.)
Un tempérament robuste, une éducation parfaite ont fait de M. Grasset un décorateur impeccable.
Des choses les plus diverses, des arts les plus antagoniques il a étudié les origines et le but ; et de tout cela est sortit un système d'art appliqué en toutes choses avec une égale sûreté.
Décoratif toujours, M. Grasset évoque moins la vie que l'apparence. Le détail peut être sûpérieur, mais l'ensemble seul importe : tout lui est subordonné. Il en résulte un art, Un, parfait, mais fait d'impassibilité. Et cela est si vrai, que lorsque cet artiste a voulu interpréter directement la nature, peindre un coin de ville, fixer un visage, il n'a pu s'élever à l'émotion : il faut donc chercher dans l'œuvre de M. Grasset non le souvenir d'une chose ou d'une figure, mais l'évocation d'une expression ou d'un site qui pourrait être et s'approprierait à merveille à l'action initiale.
A la très intéressante exposition organisée par la Plume pour monlrer une partie, la plus grande partie, de l'œuvre disséminé de M. Grasset, celui-ci se montre architecte, sculpteur, vitrailliste, peintre, décorateur, afficheur, et illustrateur : c'est en ce dernier emploi qu'il semble vraiment neuf : dans les Quatre Fils Aymon il évoqua sans lourdeur ni prétention archéologique, quoique érudit, le cycle carlovingien. Ces décors si beaux, ces types si caractéristiques, ces scènes parfaitement épiques devraient entraîner la déchéance irrémédiable, dans l'esprit des gens de goût, du grand homme de Tourquevaux (Haute- Garonne) : Jean-Paul Laurens, on sait.
Et n'est-il pas intéressant de faire observer que l'artiste qui avait ainsi évoqué des époques de barbarie fut apte également à traduire, dans la si belle affiche pour
['Histoire du Romantisme, l'élégance exquise d'une contemporaine d'Hernani, à découper sa fine silhouette sur la gloire de Notre-Dame baignée de surnaturelle lumière ; que l'artiste qui sut avec du blanc et du noir poigner dans le Cavalier Miserey est le même qui marie si harmonieusement les jaunes puissants aux ocres lourds et aux verts glauques.
M. Grasset peut exiger beaucoup de louanges pour ses cartons de vitraux. Avec une souplesse parfaite, un sentiment très juste des nécessités décoratives et un rare respect des choses, il conçoit pour les baies des anciennes cathédrales des scènes dont les lignes, les tons, les ligatures plombées continuent les arabesques des architectures et des sculptures; ou bien, quittant les édifices en dentelle de pierre pour la banalité d'une église moderne, il retrouve, pour remplir une baie quelconque, les nuances perdues des cachemires.
Pour M. Gillot, M. Grasset a dessiné des meubles, exécuté des ferronneries, meubles pratiques, au décor neuf, mais un peu lourd et germanique. Ce défaut se retrouve dans les ferronneries très monumentales, très fleuries mais qui semblent exiger dans leur maniement un effort musculaire qui pourrait enrayer de délicates mains de femme. D'ingénieux ressorts remédient en fait mais en laissant l'impression d'un objet pesant.
Ces critiques ne peuvent atténuer en rien la valeur du colossal labeur de M. Grasset et des recherches qu'il a faites pour renouveler l'illustration du livre, la décoration intérieure, et compléter, en les respectant, les procédés ornementaux des grands artistes du moyen âge.
Il a dégagé de l'archéologie et de la fantaisie une conception nouvelle des choses et, en véritable artiste, il n'a pas gardé pour lui le profit de ses découvertes. Bien au contraire, il s'est attaché à leur divulgation en formant une série d'élèves, de disciples plutôt, qui, intelligemment éduqués, sauront eux aussi suivre les transformations du goût moderne, en appliquer les tendances, en conservant toujours à leurs productions un caractère d'art pur.
M. Grasset, dans l'évolution artistique, sera une influence .
Charles Saunier.
Pour annoncer son exposition, M. Grasset a dessiné un délicat profil de jeune fille au teint mat dont la chevelure rousse se découpe sur fond d'azur.
Eau-forte ^'Eugène Grasset.
A tous ceux qui ont concouru à [affirmation de son Œuvre, celte étude est dédiée affectueusement.
Comme l'on comprend, après avoir vu cette exposition de trois cents œuvres de Eugène Grasset si uni dans sa diversité, et si incomplète par rapport à l'étendue de son labeur artistique, qu'il ne lui ait jamais été confié, de bonne foi, aucune décoration somptuaire, par nos dirigeants. C'eut été la condamnation immédiate de vagues formules courantes, appropriées à tous les usages. Alors que les efforts du fier artiste s'épanouissent en corrélations exactes et propres uniquement au seul caractère qu'elles synthétisent, on peut être amené à lui demander l'exécution d'un passe-partout, apte à renfermer une prison ou un musée, un hôtel de ville ou un théâtre, le tout rehaussé de quelques décors, également transposables.
Combien les belles gerbes de lignes et d'harmonies créées par Grasset sont peu faites pour servir ces honteux désirs d'abaissement de la Beauté qui hantent nos ministres et leurs aides.
Ils sont, par situation, par besoin, par envie, les partisans de cette abominable théorie à double face qui semble exalter l'artiste, mais qui condamne son œuvre, affirmant, de par l'accueil réservé aux banalités, la permanente inutilité de la recherche et de la création; vouant le créateur, l'artiste, au silence et à l'obscurité, en lui chantant sa suprématie, en exaltant l'homme au-dessus de sa conception, en lui montrant sa particularité si supérieure à la foule qui la contemple, que l'indignité populaire n'en apparaît que plus irrémédiable. Certes, l'artiste est un, il ne peut être ni la proie ni le jouet de ses examinateurs anonymes, mais quand il a enfanté, dans la puissance de son effort, le fruit conquiert une force personnelle, échappant à son auteur, irradiant les ténèbres, et malgré tout, malgré l'artiste, malgré les tristes fantômes de nuit éployant leurs ailes, la superbe lumière de l'œuvre rejaillit sur les plus humbles et les consacre en nouveaux foyers de clarté.
L'artiste crée, mais sa puissance est un admirable creuset où viennent se fondre, pour s'ériger en forme définitive, les incompréhensibles sensations des masses. L'artiste est un miroir, et c'est aussi un foyer. Nous avons donné à la machine un pouvoir infini, nous avons adulé la Science, et nous avons tenté d'abaisser l'Art. Alors des machinistes et des scientifiques ont essayé d'appliquer leurs théorèmes à l'Art, mais ils n'ont pu l'enfermer, et ces sectaires ont découvert que l'Art leur échapperait sans cesse, tant qu'ils ne lui auraient pas fait le sacrifice de leurs besoins anciens, et de leurs études.
Dans la période gothique, et aussi au temps de la Renaissance, les artistes ne faisaient pas fi de la science mais ils lui donnaient sa juste place de traduction de leur pensée; en ces époques révolues, l'on vit fleurir la plus complète expression praticienne, et la perpétuelle union des foules et des créateurs adorables qui œuvraient, pour elles, des cités de foi et des basiliques communales, toutes vivantes d'une suprême existence. L'Idée se faisait trangible, et les doigts asservis à son culte imprégnaient de son effluve la pierre, la couleur, le bois, les verres et les métaux, avec toute la perfec-
tion d'une science consommée. Ils croyaient à la Science, mais ils la subordonnaient à une puissance supérieure.
Maintenant, la Science tient lieu de toute élévation, de toute culture ; le moindre cuistre diplômé se pavane dans la vie, à notre charge et à notre détriment, gênant de sa carrure et de son épaisseur le moindre élan vers la Beauté. On voit le Louvre envahi par des hordes, ses cours souillées par d'ignobles monuments comme celui de Gambetta, l'harmonie de ses perspectives détruite par d'infâmes baraquements, des tuyaux d'usine, des chantiers de bois à pourrir; le tout autorisé, sinon commandé par le Directeur des Beaux - Arts. Que nous sommes loin de l'effort général de jadis vers la Beauté. Sans revenir sur les injures faites au Louvre, où sont-ils les monuments publics de notre génération, marqués du sceau ineffaçable qui les transmet à travers les temps? Partout, d'horribles constructions, d'affreuses superpositions de moellons et de ferrailles. Partout, pour arriver à ces édifications honteuses, la marche de l'intrigue, l'intrigue si parée de couleurs fausses, pour en cacher l'absolutisme, si maquillée, que nul n'en peut constater la laideur, l'intrigue ayant si totalement remplacé le génie, que les mieux intentionnés ne parlent plus que du génie de l'intrigue. Les Beaux- Arts! un officiel amagalme de condescendances, de compromis, de turpitudes, de combinaisons ministérielles, de bassesses et d'oeuvres basses... et malgré la foison de cette tourbe mouvante prétendant à la clarté des flots, il est de véritables vagues — qui dans leur calme récèlent leurs colères certaines — dominées par des falaises inexorables, massifs battus sans cesse et jamais abolis, où la forêt fière de sa sécurité, balance sa cime rythmique et altière, admirable reflet, dans l'éloignement du ciel, des mers indomptées.
Aussi logique, aussi naturel qu'une de ces altitudes m'apparaît le talent de Grasset, plein de clarté, de mouvement, d'élévation et de grandeur.
Ainsi que les universels artistes du moyen âge, avec qui son entente générale des conditions esthétiques de la Vie lui donne maints rapprochements, Grasset même, au début de sa carrière, ne s'est jamais cantonné dans une seule application de métier. Il emmagasinera pendant vingt ans tout ce qui doit concourir à lui faire comprendre, à lui faire accepter tel motif rebelle; jamais lassé d'apprendre, jamais craintif de voir, il sera le compagnon qui va à la poursuite de la maîtrise abolie, à travers les vieux chemins d'Europe et les routes mystérieusement neuves de la vallée du Nil et des terres africaines. Enfant, à Lausanne, on veut faire de lui un architecte. On lui montre, certes, les éléments du dessin dans les maîtres rhénans, il n'ignore ni Durer, ni le maître de Bâle, mais on ne lui découvre ni Androuet ni le Piranèse, et il n'a qu'un goût médiocre pour cette science du constructeur — qui se réAreillera si ardemment plus tard, élargie par la vision des autres lignes, Il veut être sculpteur, et la sagesse incluse en une épure ne peut le retenir au pays natal. Il traverse en s'arrêtant avec un ami, quelqu'un à qui il doit d'avoir réfléchi sur l'éternel enchaînement des civilisations et des beautés qui en sont l'affirmation, ;i Lyon, à Marseille, où une longue pratique accoutumera son œil et sa main, dans une commune
mémoire, à toutes les valeurs de la statuaire et de la plastique. Il va chercher fortune à Suez, il est au Caire, ornemaniste à Alexandrie; puis, après 1871, il revient à Marseille, où il mène à bien maints frontons et de nombreux motifs ornementaux. Puis enfin, il vient à Paris, but définitif de son exode, but qu'il n'avait jamais cru atteindre, tellement le destin lui semblait peu propice. Là, malgré la sûreté de ses études, la variété de ses acquisitions, l'étendue de sa pratique technique, il sentira l'àpreté delà lutte, le peu de cas qu'il est fait de la sincérité et de la valeur. Et il mettra quinze ans à récolter le fruit de sa semence, mangée dans sa main par les oiseaux du rapt.
Il pourra mettre en œuvre toutes les ressources de sa production féconde, de son imagination disciplinée par une longue entente des maîtres du passé, qu'ils fussent des ouvriers travaillant pour le recueillement de l'intimité intérieure du logis, ou qu'il fussent les décorateurs du dehors, ceux qui créaient pour les trop délaissés d'admirables visions consolatrices, apportant ainsi à leur abandon une paix sur leur affliction — et aussi un repos, car ces monuments comportaient des logetes, des bancs et des abris; — nos palais offrent des grilles et des gardiens.
Grasset s'était ému au souvenir de ces antiques et superbes créateurs d'art; comme eux, il voulut, ayant pleine possession de moyens et certitude de goût, œuvrer pour ses contemporains, créer patiemment l'habitation qui devait les abriter, l'orner des images et des objets qui en rendraient le séjour familier ; combattre par le livre, par la tenture, par le tableau, par le meuble, le mauvais goût qui menaçait de tout submerger. Et n'étant pas seulement un rêveur, mais un laborieux, les formes prirent un corps, et l'illustration vit fleurir sa formule nouvelle, touchant au sentiment médiéval, mais se nuançant de toutes les recherches d'un homme qui avait pénétré la lumière et la conscience hiérarchique des premiers primitifs, ceux de Ghaldée et ceux d'Egypte ; les meubles se créèrent sous son lavis habile, avec toutes les dimensions et les coupes dont l'exécutant aurait lieu de s'occuper pour mener l'œuvre à bien ; les tentures murales des affiches s'épanouirent sur les tristes maisons qu'elles ensoleillèrent; les vitraux donnèrent leurs clartés de passion aux ogives qui se réveillèrent à ce mémorial reflet ; des monuments publics se dressèrent, intelligibles et beaux, continuelle caresse pour l'œil du passant; les métaux se revêtirent d'arabesques, et l'on sentit que la maison ainsi construite, ainsi ornée, ainsi avoisinée d'un spectacle coloré, avait désormais reconquis son âme.
Grasset, peintre, sculpteur, dessinateur, avait désormais franchi l'occulte barrière qui divise les Arts. Sa conscience d'artiste, prenant possession incontestée du Domaine, lui fit rendre son intégrale production esthétique. Il venait de se hausser jusqu'au sentiment extrahumain du Décor.
Le Décor, cette image concrète de la vie, admirable fusion des sentiments et des besoins, dans une ligne expressive et lumineuse, venait de s'affirmer par l'œuvre de Grasset.
Devant une pareille certitude, à l'approche d'une pareille sérénité de labeur, en constatant la volonté directrice qui mena de front ses diverses et innom-
brables affirmations, toutes ramenées à la même unité esthétique, il semble que l'on devrait, seulement, se laisser bercer par un tendre sentiment d'examen pour cette perpétuelle renaissance; juger; comprendre; corroborer; se fortifier, par ces exemples, contre l'offense continuelle des objets que notre vue ne peut éviter. Mais cette tendresse, elle serait de la lâcheté, si on l'affirmait seule, je ne puis, avec Victor Hugo, pardonner à mes ennemis, dans le mal triomphants. Mes ennemis, ils le sont, car ils veulent mon asservissement et celui de tous les miens, ils veulent nous gorger de lignes frelatées, d'harmonies falsifiées, de décors vulgaires. Non seulement ils veulent, mais ils exécutent leursprojets sans contrainte : ils ont en leurs mains les ressources suprêmes de la police et du budget. Que j'aille mettre le feu — seule destruction logique — aux baraquements du Louvre exécutés par M. Guillaume, architecte du gouvernement, d'après les ordres de M. Roujon, mon affaire serait mortelle. Et pourtant quelle offense au goût est comparable à celle-là? Donc malgré soi, la colère vous harcèle et vous possède, car des merveilles de Grasset, combien connaîtront la vie pour laquelle elles furent créées? combien montreront leur éclat définitif aux rayons des soleils futurs?
Vous me taxez d'exagération, d'emballement. Pourtant voyez qu'elle est ma modération. — Des faits? En voilà !
— Vous avez donc perdu le souvenir de ce que nous avons publié ici-même sur le concours des verrières de Jeanne d'Arc destinées à Sainte-Croix d'Orléans; vous ne connaissez donc pas les faits qui furent apportés par moi aux Soirées de la Plume, tout un tissu de honteuses machinations, de marchandages immoraux, un concours de duplicité. Le seul ensemble qui devait être choisi était celui qui, par tous les moyens mis en œuvre, assurait la permanence de l'œuvre de foi; c'était la verrière de Grasset qui devait être primée et exécutée; puisque nul autre carton n'approchait de l'adorable prière peinte au souvenir de la Pucelle. Et pourtant, ce fut un autre concurrent, celui de l'intrigue, qui obtint et le prix et la commande... mais avec cette singulière et offensante réserve d'avoir à profiter des enseignements inclus dans l'œuvre de celui qu'un jury, à récuser de par son essence, venait de frustrer d'une manière condamnable.
Cette iniquité, grâce à nous, grâce à tous les hommes de goût qui ont bien voulu apporter leur vaillant appui, sera sans doute mise à pied-d'œuvre, mais la réception lui manquera. L'artiste a pu, devant les constants hommages qui lui ont été prodigués, oublier l'affront ressenti. Cette consolation ne peut nous toucher, et nous n'aurons de calme que le jour où nous pourrons voir s'animer et revivre, dans leur flamboyante transformation, ces prodigieux, ces vibrants mémoires desheures d'éveils et des temps de luttes.
Grasset, par la subordination de la couleur à la composition, par son étude et son intelligence des maîtres d'autrefois, par son génie décoratif, est un des rares artistes qui aient pu plier toutes les valeurs de leur talent à cette inestimable traduction de la peinture sur verre, en lui laissant son entière saveur et sa complète autorité personnelle. Les vitraux exposés par M. Gaudin au Salon de la Plume (M. Gaudin a exécuté tous
ET SON ŒUVRE
les cartons de Grasset) (i), Engagée, la Musique, et le fragment du concours Jeanne d'Arc ont démontré péremptoirement la richesse et la justesse des tons auxquelles l'artiste avait atteint. Peut-être se trouvera-t-il une basilique assez pieuse, pour consacrer une partie de ses ressources à l'achèvement de , l'œuvre de Grasset la Glorifiaticon de, Jeanne d'Are? Je marque cela en passant, sans croire beaucoup à la réalisation de mon vœu.
Cette lumière intense dont il a noté lavérité d'accent dans ses poétiques vitraux, il en a conservé la direction et le nuancement dans les tableaux si complets qu'il a composés pour les affiches peintes. Il est avant tout inquiet de son effet; quand il le possède dans sa certitude, il se préoccupe des moyens de report qui vont le répéter à des milliers d'exemplaires; et d'un opérateur aussi entendu que Grasset cette préoccupation ne surprend guère, car on est certain de voir, sauf certaines trahisons typographiques ou litho graphiques inévitables, dans la coloration d'une affiche, la pensée qui a procédé à sa dégradalion ou à ses compléments. Il était d'ailleurs aisé au Salon de la Plume de suivre le fil de ses recherches, d'après les très nombreuses esquisses tracées pour chaque affiche, et les colorations si différentes appliquées sur les épreuves pour aboutir au tirage définitif.
(G. de Malherbe, éditeur.)
Le Face a main, estampe d'EuGÈNE Grasset.
Son sentiment d'art se disperse, par l'affiche, à tous les vents des carrefours. C'est, semble-t-il, le moins entendu des travailleurs se rendant à son labeur matinal qui, seul, va profiter du tableau composé pour tous les jeux de la lumière des rues. Mais l'image se grave dans ses yeux naïfs, et la mémoire en conserve fidèlement la grâce des contours et sans pouvoir discuter de la technique de tel ou tel de nos présents enlumineurs, il sait ce qui distingue un coloriste d'un sévère dessinateur, et il dira infailliblement : ceci est un Grasset. Et pourtant le grand décorateur ne s'est pas prodigué dans ce genre fugace ; mais dans les quelques motifs que nous connaissons, il a assimilé si parfaitement toutes les conditions d'existence de l'affiche peinte qu'ils sont restés inoubliables, même des simples spectateurs. En France, c'est tout au plus s'il a apparu une vingtaine d'affiches revêtues du monogramme E. G., mais en Angleterre, aux Etats-Unis, En Espagne, il en a été placardé d'autres que les croquis de l'Exposition nous ont révélés. Parmi les françaises, toutes sont d'une harmonie caractéristique, trois sont hors de pair, et une est un chef-d'œuvre au sens strict du mot : C'est la Librairie romantique .
Dans aucune de ses affiches, il n'atteint à l'acuité du sentiment d'une époque avec une telle perfection. Qu'on le veuille ou non, on revoit le temps écoulé et toutes les ardeurs en coulent dans votre sang. Vous êtes possédé par l'allure du sujet sans rémission. C'est une restitution si parfaite qu'elle paraît être un original d'autrefois... lequel n'existe pas..., c'est une synthèse de sentiments, d'impressions, d'art et de mouvements : c'est une époque d'histoire intellectuelle avec sa beauté et sa couleur, et aussi son rayonnement.
Il y aurait ingratitude pourtant à ne pas dire ce que l'affiche pour les Arts décoratifs et celle du Salon des Cent recèlent de grâce et de composition, et d'intime persuasion artistique. La dernière, dont le trait en noir est figuré sur la couverture du catalogue, a justifié son succès par des qualités de douceur d'expression et de coloris. Le symbole de celte tête attentive aux yeux extasiés par la pensée ; l'attitude claire des mains, l'une s' élevant jusqu'à la conquête des fleurs, l'autre, armée du crayon, se crispant volontairement sur les tablettes réceptrices, tout en fait une planche de garde, aux nuances délicates et à l'impeccable concordance des lignes et des teintes.
Aussi cette communion des esprits ne peut-elle surprendre quand elle s'affirme dans d'autres œuvres, par l'évocation des temps anciens. Il n'y a pas, à mon sens, une notable différence entre les merveilleuses affiches de Grasset et les diverses illustrations pour la Légende du Saint-Pleur de Richepin, et surtout pour les Ouatre Fils Aymon. Cette chanson de geste du pinceau et du crayon est la pénétration la plus complète delà légende chevaleresque. Et je ne sais pas, parmi les livres modernes, un seul qui puisse être comparé à cette épopée graphique ; qui puisse secouer tant de cendres, ni faire flamber de pareilles lueurs. C'est l'unité de temps, de lieu et d'évocation, avec tant de certitude que le talent se subordonne à l'œuvre et que nous sommes sur le point d'oublier l'artiste.
Si Grasset est arrivé à cette plénitude de compréhension, c'est que suivant un précepte fameux « il n'a
(i) Depuis, M. Gandin a euvoyé au Salon du Champ-de-Mars deux admirables vitraux de Grasset que je ne saurais trop recommander d'aller examiner. Ils l'ont le plus bel hommage du peintreverrier au créateur des cartons, tant par la fidélité de l'interpré-
tation, qvie par la science technique qui y est dépensée, par le choix des matériaux colorés, et surtout par l'heureuse diversité des procédés anciens et modernes.
jamais omis Je regarder les figures que forment les nuages en courant ». Plusieurs paysages, tant urbains que volontairement composés affirment ce culte envers la nature, en création perpétuelle de lignes harmonieuses. Il ne lui a pas suffi de saisir un effet, il a fallu que cet effet fût évocateur d'autres impressions extramatérielles ; une nuée qui couvre la plaine n'emporte pas en elle la masse de tourments qui s'incorporent dans le moindre flocon de Paris. Les grandes villes, où tant d'intelligences s'évaporent dans l'infini, ont-elles une atmosphère spéciale, tragique et tourmentée, comparable a celle qui plane au-dessus des océans, ces tombes d'âmes. C'est cette grande allure de recel supérieur qui s'affirme dans la représentation où la pensée emprunte aux sols, aux verdures, aux architectures, à la clarté des ciels, sa force d'existence et de domination.
Pendant quelques semaines, ce nous fut une grande joie, de suivre tout cet œuvre s'enchainant avec la même logique que dans le fameux vitrail de Y Arbre de Jessé. De la représentation du moindre objet meublant à la plus haute expression décorative, d'un simple chandelier de fer à une surface ornée d'une mosaïque florissante, d'une page destinée à un magazine jusqu'aux verrières monumentales où allaient se réveiller, dans les rayons du couchant, l'âme des ancêtres; dans toutes ces œuvres, nous vîmes enfin les lignes et les raisons de la Beauté s'épandre, infinies, dans les champs de la Vie, les dorer de moissons ravissantes ; puis, poursuivant leur cours perturbateur, bouleverser les landes incultes, vivifier les terres sèches où poussse la Laideur, et faire lever les gerbes prochaines consolatrices et nourricières, portant en elles la paix et l'élévation.
Mais pour que ce rêve s'accomplisse, il faut que les hommes de la taille de Grasset ne soient plus seulement compris et appréciés d'une petite, petite minorité. Il faut que ceux qui se proclament les gardiens du Beau ne manquent pas à leur fonction, et soient les Serviteurs fidèles de l'Idée et de la Beauté. Tant qu'il n'en sera pas ainsi, nous serons semblablas à l'antique Cassandre et nous poursuivrons, contre les pharisiens, l'accomplissement de l'unique Loi de bonheur : L'affirmation perpétuelle de la Beauté.
Léon Maillard.
La Plume, décidément, devient panache. On la voit s'agiter par-dessus les têtes comme le signe de ralliement du grand art nouveau.
Hier, elle ouvrait ses salons à de jeunes gloires : aujourd'hui, elle a la bonne fortune de donner l'hospitalité à l'œuvre exquise et savante d'Eugène Grasset; ce maître qui semble avoir hérité du multiple talent des maîtres de la Renaissance et qui s'assujettit comme eux aux études les plus serrées de l'Art, dans ses formes les plus variées.
En effet, les salons de la Plume, 3i, rue Bonaparte, nous montrent le talent de Grasset dans toutes ses manifestations :
Peintures, aquarelles, pastels, cartons de vitraux, modèles d'émaux, modèles de reliure, affiches, ouvrages
de ferronnerie, dessins de tapis et de tentures, illustrations en couleurs.
Chaque recherche est une trouvaille ; chaque essai une réussite.
L'artiste imprime à tout ce qu'il touche un caractère d'originalité neuve, une poussée vers le progrès...
Je recommande aux visiteurs de cette exposition les cartons des vitraux que l'auteur destinait à la cathédrale d'Orléans, vitraux renfermant les plus héroïques souvenirs de la vie de Jeanne d'Arc.
Eugène Grasset excelle partout, aussi bien dans l'évocation de l'art ancien que dans les compositions d'art moderne. Les illustrations des Quatre Fils Aymon et de Jean des Figues offrent les mêmes qualités, donnent la preuve d'une égale science dans l'un et dans l'autre sujet.
Pour reproduire aussi merveilleusement, avec autant de simplicité que de justesse, les scènes de la Renaissance et de la vie actuelle, les grands traits de l'antiquité latine et de l'antiquité grecque, il faut que l'hôte de la Plume ait acquis une incomparable érudition. En tous ses ouvrages apparaissent le même souci d'être exact, la même recherche de vérité, la même curiosité de représenter la vie sous ses aspects réels.
Quant aux encadrements, ils s'imposent à l'attention par leur fraîcheur et leurs inédites variétés.
L'exposition Grasset est donc, en tous points, digne d'être signalée à ceux qui s'intéressent aux progrès de l'art.
Elle est le triomphe d'un travail consciencieux et fort sur la routine et la banalité.
Baude de Malrceley.
! avril.)
te :i3â Aujourd'hui s'ouvre dans
lilHlN ^jHKTy exposition très complète
ÉflP*^^Y^Hnfi& des œuvres de M. Eugène ^\ ^jP* Grasset, que le public ne
connaît guère jusqu'ici que par ses belles affiche et par ses illustrations. Mais l'auteur de l'affiche de la Librairie romantique et le savant et saisissant illustrateur des Quatre Fils Aymon et de Jean des Figues était depuis longtemps apprécié, pour beaucoup de personnes tout le reste de son œuvre sera une révélation.
On le verra décorateur, d'une science, d'une imagination et d'un goût rares. Les cartons de vitraux de mosaïques, d'étoffes; les meubles, ferronneries et vitraux exécutés sur ses dessins, les centaines de croquis décoratifs, architecturaux, attesteront la haute valeur et la puissante originalité de ce peintre, sa mesure, son grand style.
Les cartons des vitraux de Jeanne d'Arc pour Orléans, qui furent méconnus par le jury l'année dernière, à la surprise de tous les artistes, sont réexposés à la Plume, mais ils ne forment qu'une petite partie de ce labeur considérable.
M. Eugène Grasset est une des personnalités les plus probes, les plus sympathiques et les plus savantes de ce temps. Une étude acharnée l'a amené à une sorte d'universalité semblable à celle des maîtres d'autrefois. Sa parfaite connaissance des matières et de ce qu'elles peuvent donner décorativement fait que chacun de ses projets présente une exacte appropriation au but de
ET SON ŒUVRE
l'objet, que ce soit un vitrail, une couverture de livre, une affiche, un meuble ; en môme temps qu'une imagination vraiment poétique donne à chacune de ces pièces un charme particulier, et un sens symbolique des plus variés et des plus élevés.
L'Exposition de M. Grasset vaudra à ce savant et modeste artiste un succès des plus francs. Ce sera la récompense d'une vie si complètement consacrée au travail que les seuls éléments biographiques de ce court portrait ne pourraient être que l'énumération même de ses œuvres.
[L'Eclair, 4 avril.)