DÉPÔT DE CHOCOLAT
Chocolat mexicain
Peu sucné. Le plu$ digestif
Réduction d'une affiche <fEuGÈNE GRASSET. (Tirage en noir.)
ET SON ŒUVRE
Et pourtant quelles difficultés nous avons du vaincre! Pour apprendre au public épris de belles choses le chemin de nos galeries, il fallait un grand artiste — et ceux-là, presque toujours, ne vont qu'aux endroits où le public les attend... Travailleur acharné, modeste, timide comme tous les forts, Grasset accepterait-il d' « essuyer les plâtres » de notre salle? Car ce fut le nom qui le premier vint à notre esprit, Grasset ayant déjà répondu à notre appel pour former le Salon des Cent, un des premiers avec Charpentier, Rops, Chéret, Séon et Desboutin. Nous allâmes donc voir Grasset et lui exposâmes notre projet. Or il n'y avait pas une seule œuvre achevée dans l'atelier de l'artiste! Rien que des croquis, des exquisses à peine indiquées. Et Grasset de trembler à la seule pensée de montrer son œuvre au public. — "Vous êtes bien sûr que l'on ne rira pas de moi? demandait-il dans son adorable modestie.
Nous parlâmes de notre amitié, vieille de dix ans déjà, et cela rassura un peu notre interlocuteur. Nous lui demandâmes l'autorisation de nous entendre avec d'autres amis : M. Charles Gillot, qui possède un hôtel dont les moindres objets usuels sont signés Grasset; avec Félix Gaudin, l'artiste verrier qui le premier sut découvrir en Grasset le plus génial créateur de vitraux que la France ait jamais eu et qui a exécuté avec lui ses plus belles verrières; avec M. de Malherbe, cet apôtre qui rêve de mettre de l'art jusque sur les sacs de bonbons des confiseurs ; avec MM. Vever, l'artiste-joaillier, Arthur Martin, membre du Comité des Arts décoratifs, Baschet, l'éditeur d'art, etc.
Grasset y consentit.
Et pendant deux mois, infatigables, nous fimes une battue des œuvres de Grasset répandues chez les amateurs.
M. Arsène Alexandre, l'éminent critique d'art, ayant bien voulu se charger du catalogue, Grasset prit confiance et acheva quelques aquarelles.
Enfin le vernissage arriva. Nous nous rappellerons toujours notre illustre ami, affrayé, n'osant pas se montrer et nous faisant demander à 6 heures du soir, dans un café voisin, pour avoir des nouvelles. Il ne voulait pas croire aux cris d'admiration poussés devant ce malheureux et merveilleux concours pour les vitraux de Jeanne d'Arc, devant ses innombrables aquarelles jetées au vent de toutes les publications d'art, devant ses toiles : le Nuage, Quartier pauvre, la Seine à l'Institut, devant ses mosaïques, ses étoffes, ses faïences, ses fers forgés, ses meubles.
Sa maîtrise avait peine à comprendre ce tribut d'admiration payé à un art qui va, d'une main aussi assurée, des subtiles finesses de l'émail cloisonné aux solidités élégantes du fer forgé et à l'harmonie 'de lignes d'une construction architecturale. Car Grasset est unique à l'heure actuelle; entre ses mains tout se transforme et atteint au style le plus pur, le plus élevé.
Le visiteur sentait flotter autour de lui le génie.
Nous l'avons dit, Grasset n'avait point préparé d'exposition et il n'avait rien à vendre. La tâche entreprise par le Salon est de faire connaître les nouveaux et de mieux faire apprécier les aînés. Grasset, suivant nous, n'était pas à son rang et nous avons essayé de l'y mettre. Nous n'avions donc pas à compter sur la vente. Tous nos sacrifices étaient faits sans espoir de rémunération et nous n'avions rien ménagé, prenant tout à notre charge : cadres (800 francs), tapis et décoration (i5oo francs), menuiserie (i5o francs), affiches (800 francs), catalogue de luxe (aôo francs), personnel spécial (3oo francs), etc. etc.
Or des entrées payantes nous ont dédommagé du tout et nous avons vendu pour 1 5 000 francs d'œuvres du Maître ! C'est à dire que les moindres croquis ont été disputés et qu'enfin Eugène Grasset voit son labeur récompensé. Car le temps n'est pas loin où un éditeur soi-disant artiste priait Grasset de modifier un dessin « pour ne pas gêner M. Jeanniot » !
L'atelier de Grasset étant vide d'œuvres à vendre, pour satisfaire ses admirateurs nous avons recherché les œuvres à céder par les amateurs. On en trouvera la liste autre part.
Enfin, à la suite de leur visite au Salon des Cent, MM. Spuller, ministre de l'Instruction publique, et Roujon, directeur des Beaux-Arts, ont décidé d'acquérir une œuvre de Grasset pour le musée du Luxembourg. C'est la consécration dernière — mais tout étant vendu lors de cette visite, l'Etat devra attendre, racheter l'une des œuvres choisies, ou donner suite à la commande ferme d'une tapisserie, en complétant par des compositions décoratives.