LE DERNIER DOUTE
O secrète misère, impuissance d^écrire!
Je sens, je vois, je veux, et demeure incertain. Que faut-il conserver, et que dois-je proscrire? £t comment discerner l'argent pur de l'étain ?
L'image qui me plaît, la forme qui m'enchanlc. Les sons harmonieux, les tableaux éclatants, Héroïsme, vertu, beauté, grâce touchante.
Tout ce que je devine et tout ce que j'entends :
J'espérais tout noter, tout redire et tout rendre; Et quel n'est pas, hélas! mon long étonnement, Lorsque, de ces hauteurs, obligé de descendre, Je mesure ma chute et mon abaissement I
Contre les mots, les sons, quelle lutte s'engage! La matière résiste et l'esprit se débat; L'idéal veut parler, sans trouver son.langage; Et le cerveau brûlant s'épuise en ce combat.
La parole est en moi le rebut de mon âme.
L'œuvre, avant que d'éclore, a lentement grandi ; Je prépare ma plume, et tout s'est refroidi : La cendre ne dit pas les secrets de la flamme.