‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 102 sur 167 · LE DERNIER DOUTE · texte numérisé non relu

LE DERNIER DOUTE

O secrète misère, impuissance d^écrire!

Je sens, je vois, je veux, et demeure incertain. Que faut-il conserver, et que dois-je proscrire? £t comment discerner l'argent pur de l'étain ?

L'image qui me plaît, la forme qui m'enchanlc. Les sons harmonieux, les tableaux éclatants, Héroïsme, vertu, beauté, grâce touchante.

Tout ce que je devine et tout ce que j'entends :

J'espérais tout noter, tout redire et tout rendre; Et quel n'est pas, hélas! mon long étonnement, Lorsque, de ces hauteurs, obligé de descendre, Je mesure ma chute et mon abaissement I

Contre les mots, les sons, quelle lutte s'engage! La matière résiste et l'esprit se débat; L'idéal veut parler, sans trouver son.langage; Et le cerveau brûlant s'épuise en ce combat.

La parole est en moi le rebut de mon âme.

L'œuvre, avant que d'éclore, a lentement grandi ; Je prépare ma plume, et tout s'est refroidi : La cendre ne dit pas les secrets de la flamme.

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