PRINTEMPS
Entre les feuilles desséchées, La pervenche ouvre un œil d'azur ; Les joubarbes se sont penchées Pour le voir, au rebord du mur;
La clématite qui s'enroule,
Et les liserons familiers
Sur les saules grimpent en foule,
Comme une bande d'écoliers ;
Près des fossés, les pâquerettes Disent entré elles : « Le voici! »
— « Oublions nos peines secrètes, Et soyons gai ! a dit le souci ;
Les renoncules étonnées Entr'ouvrent leurs calices d'or Et leurs corolles satinées.
Où la coccinelle s'endort;
Dans son réduit, la violette N'a point ces habits de gala.
Mais elle ouvre sa cassolette.
Et son parfum dit : « Je suis là ! »
254 BN VOYA.GE.
Et dans le feuillage, dans l'herbe, Sur les chemins, dans les forêts, Au sillon qui promet la gerbe, Dans le noir limon des marais ;
Sur les fumiers et dans les sables ^ Sur le terreau des maraîchers, Comme aux sources intarissables Qui mouillent le flanc des rochers ;
A la margelle des puits sombres, Aux toits que la pluie a lavés.
Parmi le fouillis des décombres, Entre les fentes des pavés :
Tout vit, tout pousse, tout verdoie, Tout se renouvelle en tout lien ; Pour remettre la terre en joie, Il suffit d'un souffle de Dieu;
Et pris d'une gaité pareille,
Le poète, las des hivers,
Dit : « Quelque chose en moi s'éveille :
C'est le printemps ! — faisons des vers ! »