‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 108 sur 167 · PRINTEMPS · texte numérisé non relu

PRINTEMPS

Entre les feuilles desséchées, La pervenche ouvre un œil d'azur ; Les joubarbes se sont penchées Pour le voir, au rebord du mur;

La clématite qui s'enroule,

Et les liserons familiers

Sur les saules grimpent en foule,

Comme une bande d'écoliers ;

Près des fossés, les pâquerettes Disent entré elles : « Le voici! »

— « Oublions nos peines secrètes, Et soyons gai ! a dit le souci ;

Les renoncules étonnées Entr'ouvrent leurs calices d'or Et leurs corolles satinées.

Où la coccinelle s'endort;

Dans son réduit, la violette N'a point ces habits de gala.

Mais elle ouvre sa cassolette.

Et son parfum dit : « Je suis là ! »

254 BN VOYA.GE.

Et dans le feuillage, dans l'herbe, Sur les chemins, dans les forêts, Au sillon qui promet la gerbe, Dans le noir limon des marais ;

Sur les fumiers et dans les sables ^ Sur le terreau des maraîchers, Comme aux sources intarissables Qui mouillent le flanc des rochers ;

A la margelle des puits sombres, Aux toits que la pluie a lavés.

Parmi le fouillis des décombres, Entre les fentes des pavés :

Tout vit, tout pousse, tout verdoie, Tout se renouvelle en tout lien ; Pour remettre la terre en joie, Il suffit d'un souffle de Dieu;

Et pris d'une gaité pareille,

Le poète, las des hivers,

Dit : « Quelque chose en moi s'éveille :

C'est le printemps ! — faisons des vers ! »

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