‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 109 sur 167 · LA ROCHE QUI TOMBE · texte numérisé non relu

LA ROCHE QUI TOMBE

Au-dessus de la mer, imprudent riverain, £t tout au bord de la falaise,

J'ai choisi, pour te plaire, un arpent de terrain, Un coin de calcaire et de glaise :

Champ condamné. d'avance. à glisser, quelque soir. Dans les flots où son pied se noie ;

Domaine plus fragile encor que notre espoir , Plus éphémère que ma joie !

La cime, qui surplombe, à son flanc arrondi Montre au loin de larges blessures,

Et quelques fleurs qu'égaie un rayon de midi Ont pris racine en ses fissures.

Au sommet, Therbe pousse, et l'arbrisseau tremblant

S'y tord sous la brise plaintive; Un pêcheur de varech fouille ce sol croulant.

Et, pour un loyer, le cultive.

Au bas, chaque marée, en frappant le rocher, Fait descendre un peu de poussière,

Et, morceau par morceau, la mer vient retrancher Un pan de la friable pierre.

Des mottes que l'eau trempe en tombent tout un jour,

Après la pluie ou la tempête ; L'hiver glacé l'attaque et la fend à son tour.

Et livre aux flots quelque conquête.

Cinq ans déjà passés, et, sans se ralentir,

L'Océan poursuit son ouvrage.

Combien lui faudra-t-il encor pour engloutir

Cette falaise et cette plage ?

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