‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 124 sur 167 · A TRAVERS CHAMPS · texte numérisé non relu

A TRAVERS CHAMPS

Carnet de voyage.

Je viens de voyager, ce soir, de Sens à Troyes.

J'aime fort la lenteur de ces petites voies,

Où les trains, qu'un express n'a jamais tamponnés,

Au terme de leur course abordent étonnés;

Où des hameaux perdus ont leur gare naissante ;

Où calme, et modérant son haleine puissante,

La vapeur est bonasse à tous ces paysans,

Et prolonge pour eux ses arrêts complaisants I

Elle craint d'eOrayer leurs moutons et leurs vaches ;

Les wagons endormis ont des airs de pataches !

Si quelque lézard fuit près de nous, je le vois ;

La pervenche, en pleins rails, pousse entre deux convois ;

Dans le buisson qui vient me frôler j'herborise;

Si je cueillais, d'un doigt léger, cette cerise?...

Sur le rameau voisin j'admire un papillon;

Je puis causer avec l'invisible grillon !

La route, à travers champs, s*attarde en pleine étoffe.

Ah! le riant trajet pour un vieux philosophe,

Qui se plait au loisir, qui s'oublie à rêver,

Et ne craint, — quand il est parti, — que d'arriver!

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