A TRAVERS CHAMPS
Carnet de voyage.
Je viens de voyager, ce soir, de Sens à Troyes.
J'aime fort la lenteur de ces petites voies,
Où les trains, qu'un express n'a jamais tamponnés,
Au terme de leur course abordent étonnés;
Où des hameaux perdus ont leur gare naissante ;
Où calme, et modérant son haleine puissante,
La vapeur est bonasse à tous ces paysans,
Et prolonge pour eux ses arrêts complaisants I
Elle craint d'eOrayer leurs moutons et leurs vaches ;
Les wagons endormis ont des airs de pataches !
Si quelque lézard fuit près de nous, je le vois ;
La pervenche, en pleins rails, pousse entre deux convois ;
Dans le buisson qui vient me frôler j'herborise;
Si je cueillais, d'un doigt léger, cette cerise?...
Sur le rameau voisin j'admire un papillon;
Je puis causer avec l'invisible grillon !
La route, à travers champs, s*attarde en pleine étoffe.
Ah! le riant trajet pour un vieux philosophe,
Qui se plait au loisir, qui s'oublie à rêver,
Et ne craint, — quand il est parti, — que d'arriver!