REQUIESCANT IN PAGE
Carnet do voyage, 1878.
J'ai souvent admiré comment la ligne droite, Sur ces routes sans fin suivant sa bande étroite, Pouvait tracer toujours, pour nos chemins nouveaux, Ses deux sillons de fer, despotiques niveaux : Car toute courbe est rare, et douce toute pente. Là>bas, je vois la route ancienne qui serpente, Paresseuse, et tournant les petits coteaux verts. Ici, comme un boulet qui siffle dans les airs, Trouant villes et bourgs, découpant bois et plaine, Le train pousse en avant sa flamboyante haleine,. Et, sans autre souci que le terme final,- Achève d'un seul bond son trajet infernal!
Ah ! l'ouvrage a parfois sa dure tyrannie !
La victoire n'est pas toujours sans ironie; Et le Progrès, peu fait pour l'attendrissement, Quand l'obstacle apparaît, l'emporte en se nommant! Quels coups frappe, depuis que la vapeur s'attelle, Cette ligne inflexible allant droit devant elle! Combien elle a meurtri d'héritages sacrés, Que de toits démolis, que de parcs massacrés, Tout pleins de souvenirs, de deuils, d'images chères! Que de châteaux livrés, sans scrupule, aux enchères, Avec leur grand portail et leur perron moussu, Pour un ruban du sol qu'on coupe en plein tissu ! A quelque mur refait, à quelque pont rustique. On devine, en passant, l'entaille domestique : Nous la voyons saigner béante, sans remords!
C'est peu que de troubler les vivants : mais les morls!
Au pied du clocher gris, j'ai vu, de la portière,
L'enclos large éventré d'un pau%'re cimetière
Dont les cyprès flétris jaunissent transplantés.
Tout le long du talus, en bas, des deux côtés.
Les croix forment la haie et les tombes se dressent.
Et les petits jardins, tout effarés, se pressent,
Comme pour se défendre encore, en s'unissant!
Un jour, l'homme au compas est venu, tout-puissant :