PRISON CELLULAIRE
En wagon, 1880.
Un bout de solitude a toujours su me plaire.
Il est doux de tâter du loisir cellulaire, D'être à soi sans partage, et, ne pouvant agir Du corps, de voir le champ de l'âme s'élargir. Au point que l'univers appartient sans limite A ce voyageur clos dans son réduit d'ermite!
Contre murs et verrous on a fort déclamé :
Pour être vraiment libre, il faut être enfermé ! On est soustrait, d'emblée, au tumulte qui passe ; On est maître du temps, a défaut de l'espace.
J*ai parfois souhaité, non sans bonne raison,
La franche liberté que l'on goûte en prison ;
Les importuns m'ont pris le plus clair de ma vie.
J'ai rêvé des couvents pour la philosophie,
Avec leur grand silence et leur isolement I
A moins d*être sous clef, je vais fidèlement
A ma tâche : je quitte et les vers, et l'étude.
Et le rêve! Le monde, oû'tout est servitude,
M'étreint de ses plaisirs comme de ses devoirs !
Nouveau Titus, j'ai fait mes comptes tous les soirs
N'ai-je pas gaspillé follement ma journée.
En laissant k moitié la page noakidonnée,' *
Le livre ouvert, l'élan par la course obtenu,
Pour un mot, pour un rien, pour le premier venu? ' /.
Cette heure j elle est à moi, bien. à moi! Cette iporte, : On ne l'ouvrira point,.— ^ tant que l'éclair m'empojrté;
Cette boite .ambulante où j'ai dû me cloitrer,
Je n'en puis pas sortir, -— mais nul n'y peut entrer!' La foule, qiii croit l'âmé, :elle aussi, prisonnière, , Ignore qu'elle échappe et plane à sa manière, • Et que, pour elle, rien ne vaut ce court moment • • De calmé intérieur et de recueillement!
Même pour le travail, . c '.est l'étape féconde : Plus la parole est rare jet plus l'idée abonde!