LE TAILLIS
Dans un étroit sentier je cheminais songeant ; L'aube aux pales clartés m'invitait à poursuivre. La brise du matin, par les bois voyageant, Tournait les pages de mon livre.
Ah! si j'avais la voix du doux pasteur latin, Comme je chanterais ce jour qui vient d'éclore ! Chaque rayon nouveau glisse et joue incertain Sur l'herbe ou la feuille qu'il dore !
L'œil aime à s'égarer dans les taillis épais, Ou sous la verte allée aux profondeurs magiques, Séjour qu'auraient jadis, dans les âges de paix, Peuplé les dieux mythologiques !
O repos des grands bois ! pénétrante beauté ! Aux fêtes du printemps comme tout nous convie. Partout des bruits, des chants, le réveil, la gaîté! Partout l'espérance et la vie !
Les oiseaux sont partis : tous les nids sont déserts, Mais chaque rameau cache une troupe joyeuse ; La mésange en sifflant s'élève dans les airs, D'où descend sa note rieuse ;
La fleur s'épanouit pour l'insecte qui nâit : Sous l'effort des fourmis le brin d'herbe s'agite ; Le frelon sous son poids fait trembler le genêt ; Le lézard frétille en son gîte.
Dans ce temple d'azur, où tout germe et fleurit, J'aspire à pleins poumons la joie et l'innocence ; Et les rêves d'amour, quand la terre sourit.
Voltigent avec complaisance !