‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 153 sur 167 · LE TAILLIS · texte numérisé non relu

LE TAILLIS

S'il est des malheureux, qu'ils viennent! que ces lieux, Comme un songe enchanteur, endorment leur tristesse ! La Nature essuîra tous les pleurs de leurs yeux : La Nature est la bonne hôtesse !

Où voit-on des douleurs que son mâle entretien Ne calme ? Où nourrit-on des regrets sans remède ! Un invisible chœur murmure : « Tout est bien Sous un ciel bleu, quand l'air est tiède! »

Mais déjà le soleil monte plus éclatant; Couleurs, bruits et parfums, tout m'emplit, tout m'enivre . Quand la nature ainsi se réveille en chantant, O mon Dieu ! qu'il fait bon de vivre I

La brume se dissipe à l'horizon vermeil; Je veux dormir : cherchons un taillis solitaire. Vieux chêne, prête-moi, pour goûter le sommeil. Ton ombre pleine de mystère !

Le sommeil est plus doux sur le penchant des bois ; L'air est tout imprégné des senteurs de la sève ; La mousse où l'on s'endort semble cacher des voix Qui bourdonnent dans votre rêve!

Mais soudain j'ai pâli, j'ai reculé d'efifroi : Ah ! misère des cœurs ! ah ! vaûîté des choses ! Un homme s'est tué : son corps livide et froid Git au pied des églantiers roses !

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