‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 162 sur 167 · POUR LE- TOMBEAU D*AGAR · texte numérisé non relu

POUR LE- TOMBEAU D*AGAR

Tes voyages feraient une touchante histoire ; Nous reprenons la route» en nous tenant la main î

C'est toi qui nous soutiens, toi qui nous encourages

A remplir simplement le fraternel devoir ;

Et, si nous demandons' vos précieux suffrages,

Chère ombre, c'est pour toi, qui nous souris ce soir.

Vous la connaissiez tous : partout, de ville en ville, Nous trouverons l'écho des applaudissements Qu'arrachait, en passant, sa grande âme virile, Faite pour le théâtre et ses frémissements !

Lorsque, loin de Paris, et de beaux vers sevrée, La jeunesse, enchaînée aux loisirs ennemis, Songeait confusément, de spectacle altérée, Sur le livre qui tient les maîtres endormis,

Elle arrivait : son souffle évoquait sur la scène Le classique chef-d'œuvre échappé de la nuit : O révélation du beau, vision saine.

Lumineuse traînée où tout âme la suit!

Son berceau fut la Grèce et Rome sa famille ; Les héros lui parlaient leur langage hautain; Comme elle était Pauline, Emilie ou Camille, Rien de bas ne pouvait tenter son fier dédain.

Elle emportait Corneille et Racine avec elle, Aux tragiques douleurs prêtait sa mâle voix : Phèdre, sous sa pâleur, semblait moins criminelle; Clytemnestre faisait trembler le roi des rois !

Puis, sans baisser le ton, elle faisait entendre Les émouvants récits de la patrie en deuil ; Les poètes nouveaux, qu'elle aimait à comprendre, Lui devaient les douceurs divines de Torgueil!

Car tu fus, chère Agar, la voix de nos poètes : • Les plus grands, les plus purs te ravissaient le cœur. Eux seuls te consolaient, dans tes peines discrètes, Et t'ont fait, jusqu'au bout, braver le mal vainqueur.

La prose, en vain, comptait te saisir dans son ombre ; Tu souffrais de descendre à ses sentiers couverts ; Il te fallait le rythme ailé, le chant, le nombre : Et, comme à ton niveau, tu remontais au vers!

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