POUR LE TOMBEAU D ACAR
Surtout, il te fallait la marche sans relâche, Le voyage éternel aux fuyants horizons, Le théâtre conçu tel qu'une sainte tâche, Accomplie en tous lieux comme en toutes saisons;
C'était l'obsession d'infuser à la foule.
Sans souci de la mode et des chemins battus, Le pur sang des Romains qui dans Corneille coule, Avec leurs passions et leurs rudes vertus ;
C'était l'enseignement des plus nobles pensées : Et pour les propager, — quel que fût le décor, — Il suffisait de voir, sur trois planches dressées. Une tunique blanche avec un bandeau d'or!
L'impatiente ardeur qui dévorait tes veines Croyait, en donnant tout, donner encor trop peu : Ta piété rêvait des fêtes surhumaines ; Et, d'autel en autel, tu promenais le Dieu !
Et la France admira ton profil de camée, Et, sous tes cheveux noirs, ton œil illuminé, Ton geste sculptural de reine, accoutumée A chasser un ennui de son front couronné !
Drapée ainsi qu'au Louvre une statue antique, Tu glissais dans ton rêve, — et ne prévoyais pas, Artiste insouciante en ce siècle' pratique, Que l'âge et le malheur entraveraient tes pas ;
Et qu'un joUr, tout à coup, frappée en pleine gloire, Tombée en plein combat pour avoir trop Jutté, Tu sentirais en toi, troublée et sans y croire. S'engourdir sourdement ce courage indompté:
Alors ont commencé tes mornes destinées, Quaûd la moisson finale a trompé le labour :
Et tu connus l'horreur des mortelles journées. Et l'espoir renaissant ou déçu tour à tour!