POUR LE TOMBEAU D*A6AR
Et rien n'a pu fléchir le sort, ni te défendre, Rien, les cieuz, ni la mer, ni l'obscur dévouement. Mais, dans Paris distrait lorsque revint ta cendre, La poésie en deuil la reçut dignement.
O prêtresses de l'Art, que la scène tragique Caresse avec amour d'un vivant souvenir ; Que Corneille toucha de son vers énergique.
Et dont le laurier d'or ne peut pas se ternir ;
Vous toutes dont la voix, des poètes aimée,
A su dans l'idéal incarner le réel,
Et dont nous adorons la pure renommée,
Champmêlé, Lecouvreur, Clairon, Georges, Rachel,
Faites à votre sœur l'accueil des grandes âmes : Elle est digne de vous et du culte sacré ; Elle a connu vos pleurs, vos courroux et vos flammes ; Et sa foi pour le beau n'a jamais abjuré.
Elle aima le sublime, et, — jamais assouvie, — Vingt ans, en promena le radieux flambeau :
Et, puisque pour son art elle a donné sa vie, Que cet art, en retour, lui prépare un tombeau!