LA MORTE VIVANTE
Elle avait à la mort fait le grand sacrifice,
La priant seulement de venir pas à pas.
Tous les jours, goutte à goutte, épuisant le calice,
Elle avait sa visite, et lui parlait tout bas.
On voyait remuer sa lèvre violette, Qui murmurait alors des mots mystérieux.
Son regard commentait la parole incomplète :
Le secret de la mort éclatait dans ses yeux.
Elle vivait d'adieux depuis bien des années.
Attendant le signal, un pied dans le cercueil; Elle ne comptait plus le temps que par journées, Toujours en noir, portant déjà son propre deuil !
Seuls, ses fils retenaient ici cette ombre vaine, Jusqu'au jour où, voyant l'avenir affermi, Elle ôta de son front la dernière verveine, Et laissa retomber son visage endormi.
Hier, avec respect nous l'écoutions encore ;
Ce matin, la poussière a cessé de souffrir.
Et, comme un dernier grain d'encens qui s'évapore,
La noble créature a fini de mourir.
Et dans le même instant l'âme a fini de naitre, Dans le dernier sourire elle a dit : « Sans adieu! » Dans la dernière extase elle s'est fait connaître, Et dans le dernier souffle elle est montée à Dieu!