‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 28 sur 167 · A MON FRÈRE · texte numérisé non relu

A MON FRÈRE

Dans un grand fauteuil l'aïeule est assise, Et rhumble foyer flambe en pétillant; Près d'elle accroupie, une chatte grise Fixe sur la flamme un œil scintillant.

La dame médite un verset biblique :

Sur ses deux genoux le livre est ouvert.

La chatte, plissant sa paupière oblique, Près de s'endormir, cligne son œil vert.

Et l'aïeule aussi» d'idée en idée,

Vers la sainte page, après maint effort,

Penche lentement sa tête ridée,

La lève en sursaut, puis cède, et s'endort.

La dame sourit, la chatte frissonne; Chacune a son rêve et remue un peu :

La chatte au grenier guerroie et moissonne ; La dame est au ciel, et cause avec Dieu !

Et la vieille horloge au mur se balance, Mesurant chaque heure au sommeil humain ; Et seule, au milieu du profond silence, Avec un bruit sec, poursuit son chemin.

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