‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 32 sur 167 · LE PORTRAIT · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT

Voici les traits de ton visage Au temps que je n'ai pas connu.

Dans le passé tout est présage :

Ce qu'il promet, il l'a tenu.

C'est bien toi, mais à peine éclose; Fleur de quinze ans, rose d'avril, Bouton qui se métamorphose A l'heure du premier péril!

Ton front rayonnant semble dire :

« Ne touchez pas à ma gaité ! »

Oh! comme tu devais bien rire!

Mais j'aime mieux ta gravité.

Ardente et vive, tu t'élances A la poursuite des plaisirs.

J'aurais aimé tes espérances :

Mais j'aime mieux nos souvenirs.

Alors, ta joue était plus ronde, Plus fraîche en était la couleur.

Plus clair ce regard qui m'inonde Pourtant j'aime mieux ta pâleur.

Alors, dans ta jeune ignorance.

Ton cœur n'avait point palpité; J'aurais aime ton innocence :

Mais j'aime mieux ta chasteté.

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