‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 37 sur 167 · DÉMÉNAGEMENT · texte numérisé non relu

DÉMÉNAGEMENT

Nous étions deux dans ce logis, Depuis le jour où nous montâmes, Graves, émus, les yeux rougis.

Élevant vers Dieu nos deux âmes :

Nous sommes deux pour en sortir !

Le livre est & la même page.

L'aveu nous coûte, sans mentir!

Nous sommes deux, pas davantage.

DÉMéNAGBMBNT.

Il nous plaisait, le cher abri.

Paré pour un long téte-à-tète, Où l'avenir nous a souri, Où deux ans Tamonr nous fit fètc !

Tranquilles, nous avons goûté, Sous le toit qu'elle sanctifie, La tendre et pure intimité Qui par le temps se fortifie.

Et cependant nous vous quittons, Chambretles du premier ménage !

Cœurs ingrats! et nous emportons Tout ce passé dans le bagage !

Bientôt l'oubli, dans son lointain.

Effacera, comme un vain songe.

L'asile où pour nous le destin A noué ce fil qui s'allonge.

Bientôt de ce foyer discret D'autres vont profaner le charme :

Et nous partons ! et nul regret N'attendrit nos regards sans larme !

C'est qu'au logis décolore Il a manqué le bien suprôme; C'est que l'enfant n'a pas pleuré^ C'est qu'il manque un chant au poème!

O la plus étrange des lois !

Est-on seul, à deux l'on veut être ; Est-on deux, l'on veut être trois :

L'amour est né, l'enfant veut naître !

Adieu, petit coin bien-aimé, Où fut le lit, où fut la table; Où maint flambeau s'est consumé Dans mainte veille interminable !

Adieu, petit foyer sans bruit.

Bosquet muet et sans ramage, Grenier sans blé, jardin sans fruit, Printemps sans fleur et sans feuillage!

Adieu ! Le ciel qui nous bénit Peut-être sourit à l'échange.

Cage qui n'as pas eu de nid.

Vigne qui n'as pas fait vendange !

Page 1