DÉMÉNAGEMENT
Nous étions deux dans ce logis, Depuis le jour où nous montâmes, Graves, émus, les yeux rougis.
Élevant vers Dieu nos deux âmes :
Nous sommes deux pour en sortir !
Le livre est & la même page.
L'aveu nous coûte, sans mentir!
Nous sommes deux, pas davantage.
DÉMéNAGBMBNT.
Il nous plaisait, le cher abri.
Paré pour un long téte-à-tète, Où l'avenir nous a souri, Où deux ans Tamonr nous fit fètc !
Tranquilles, nous avons goûté, Sous le toit qu'elle sanctifie, La tendre et pure intimité Qui par le temps se fortifie.
Et cependant nous vous quittons, Chambretles du premier ménage !
Cœurs ingrats! et nous emportons Tout ce passé dans le bagage !
Bientôt l'oubli, dans son lointain.
Effacera, comme un vain songe.
L'asile où pour nous le destin A noué ce fil qui s'allonge.
Bientôt de ce foyer discret D'autres vont profaner le charme :
Et nous partons ! et nul regret N'attendrit nos regards sans larme !
C'est qu'au logis décolore Il a manqué le bien suprôme; C'est que l'enfant n'a pas pleuré^ C'est qu'il manque un chant au poème!
O la plus étrange des lois !
Est-on seul, à deux l'on veut être ; Est-on deux, l'on veut être trois :
L'amour est né, l'enfant veut naître !
Adieu, petit coin bien-aimé, Où fut le lit, où fut la table; Où maint flambeau s'est consumé Dans mainte veille interminable !
Adieu, petit foyer sans bruit.
Bosquet muet et sans ramage, Grenier sans blé, jardin sans fruit, Printemps sans fleur et sans feuillage!
Adieu ! Le ciel qui nous bénit Peut-être sourit à l'échange.
Cage qui n'as pas eu de nid.
Vigne qui n'as pas fait vendange !