‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 70 sur 167 · LA VOIX DE SUZANNB · texte numérisé non relu

LA VOIX DE SUZANNB

Elle est plus jeune que l'aurore, Plus souple que le jonc fleuri, Plus éthërée et plus sonore Que le gosier du colibri ;

Le chanvre n'a point dans sa tige Fil plus menu pour les fuseaux; La libellule qui voltige Est moins légère au bord des eaux;

Elle est d'un cristal si limpide Que votre âme luit au travers; Et par vous la prose insipide Chante mieux que les plus beaux vers ;

Elle a le franc rire, et la plainte.

Et le gazouillement ailé.

Et la note amoureuse, éteinte Comme un clair de lune voilé;

C'est un soupir, une caresse, Un fier et pudique abandon :

Elle a la joie, et la tendresse, Et le dépit, et le pardon!

Je ne crois pas que, dans la nue Où leur rêve idéal glissait, Jamais lèvre plus ingénue Ait ravi Molière ou Musset !

Salut, Cécile, et toi, Rosette !

Salut, Agnès aux yeux si douxJ , Vous leur avez prêté, Suzette, Je ne sais quoi, — qui vient de vous !

A ces noms charmants, dont la scène Éternise la fiction.

Joindre tout bas celui... d'Hélène, N'est-ce pas trop d'ambition ?

Versez-nous longtemps, goutte à goutte, Ce miel pur que vous distillez!

Parlez encore : on vous écoute; Parlez-nous, Suzanne! — Parlez!

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