LA VOIX DE SUZANNB
Elle est plus jeune que l'aurore, Plus souple que le jonc fleuri, Plus éthërée et plus sonore Que le gosier du colibri ;
Le chanvre n'a point dans sa tige Fil plus menu pour les fuseaux; La libellule qui voltige Est moins légère au bord des eaux;
Elle est d'un cristal si limpide Que votre âme luit au travers; Et par vous la prose insipide Chante mieux que les plus beaux vers ;
Elle a le franc rire, et la plainte.
Et le gazouillement ailé.
Et la note amoureuse, éteinte Comme un clair de lune voilé;
C'est un soupir, une caresse, Un fier et pudique abandon :
Elle a la joie, et la tendresse, Et le dépit, et le pardon!
Je ne crois pas que, dans la nue Où leur rêve idéal glissait, Jamais lèvre plus ingénue Ait ravi Molière ou Musset !
Salut, Cécile, et toi, Rosette !
Salut, Agnès aux yeux si douxJ , Vous leur avez prêté, Suzette, Je ne sais quoi, — qui vient de vous !
A ces noms charmants, dont la scène Éternise la fiction.
Joindre tout bas celui... d'Hélène, N'est-ce pas trop d'ambition ?
Versez-nous longtemps, goutte à goutte, Ce miel pur que vous distillez!
Parlez encore : on vous écoute; Parlez-nous, Suzanne! — Parlez!