‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 72 sur 167 · A MON AMI GU8TATE MADAUD · texte numérisé non relu

A MON AMI GU8TATE MADAUD

Ma jeunesse est enterrée : Elle est là, dans ce boaquin, Sous une tranche dorée, Sous un dos de maroquin.

Quand je suis las de relire Mes auteurs, jeunes ou vieux, Qui n'ont plus rien à me dire, Et me laissent soucieux ;

Quand le meilleur, le plus tendre, Le plus grave ou le plus gai Ne sait plus se faire entendre A mon cerveau fatigué ;

Quand ma main passe indolente Sur les rayons familiers, Comme la main nonchalante Des paresseux écoliers :

Je vais prendre, en sa retraite.

Loin des yeux, et saintement.

L'œuvre inédite et secrète, Le vrai livre où rien ne ment !

L'exemplaire en est unique.

Et tout entier de ma main ; Jamais lecteur ironique N'en souilla le parchemin ;

Sur ces pages embaumées Que je tourne avec lenteur, Point de lignes imprimées.

Rien qui trahisse un auteur !

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