A MON AMI GU8TATE MADAUD
Ma jeunesse est enterrée : Elle est là, dans ce boaquin, Sous une tranche dorée, Sous un dos de maroquin.
Quand je suis las de relire Mes auteurs, jeunes ou vieux, Qui n'ont plus rien à me dire, Et me laissent soucieux ;
Quand le meilleur, le plus tendre, Le plus grave ou le plus gai Ne sait plus se faire entendre A mon cerveau fatigué ;
Quand ma main passe indolente Sur les rayons familiers, Comme la main nonchalante Des paresseux écoliers :
Je vais prendre, en sa retraite.
Loin des yeux, et saintement.
L'œuvre inédite et secrète, Le vrai livre où rien ne ment !
L'exemplaire en est unique.
Et tout entier de ma main ; Jamais lecteur ironique N'en souilla le parchemin ;
Sur ces pages embaumées Que je tourne avec lenteur, Point de lignes imprimées.
Rien qui trahisse un auteur !