‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 98 sur 167 · PRO ARIS ET FOCIS · texte numérisé non relu

PRO ARIS ET FOCIS

Rentrez au foyer, chantres de la vie !

C'est assez courir par monts et par vaux ; C'est assez donner à la fantaisie :

Les accords anciens sont les plus nouveaux.

Aux flots les plus clairs replongez votre âme ! Laissez les sentiers pour le grand chemin !

Pour enseigner l'homme et charmer la femme, Un livre suffit, c'est le cœur humain.

On a trop chanté l'inerte matière, Du chêne an brio d'herbe et de l'onde aux fleurs. Quand vous épuisez la Nature entière, N'eutendcz-vous pins l'homme avec scb pleurs ?

Od a trop bercé de douleure sans causes Nos sens affadis et débilitas.

On a trop souillé les plus nobles choses, Et trop mis à nu nos diCTormilés !

On a trop parlé de l'amour profane.

Et trop bien fardé son spectre hideux :

Imposez silence à la courtisane, Et chantez enfin la pndeur à,deux!

On a trop vanté les rêves bizarres Qui créaient un monde au nOtre étranger; Dans ce triste siècle,, aui vertus plus rares, Ce sont les coeurs purs qu'il faut pi'btéger.

Le masque est fané, montrez des visages !

Préceptears d'un peuple, hélas! vieillissant. Chantez pour instruire, ainsi qu'aux vicm ilgcs ; Tirez de la lyre un plus jeuccacccnt!

Pn.O ARIS ET FOCIS. 229

Ce temps inquiet vogue sans boussole, Énormenavire où tout se confond.

L'amour survit seul, et seul il console :

Éclairez d'amour Tabimcsans fond!

La main sur le cœur, écrivez un livre

Qui fasse cpeler à l'adolescent

Le «ecret divin d'aimer et de vivre,

Sans troubler d'un mot, son front rougissant.

Que la vierge y trouve un chant salutaire, Quand marche l'aiguille ou bien le pinceau ; Parlez à l'épouse un langage austère, Digne de l'autel comme du berceau.

Lorsque, fatigué de l'insaisissable.

L'homme songe à Dieu, prêt à l'accuser.

Comme une oasis sur la mer de sable, Qu'il trouve vos chants pour s'y reposer.

Que le vieillard même ait dans sa mémoire Vos vers attendris, ou leur fasse accueil :

Éclairez pour lui la pente plus noire ; Mettez une aurore après le cercueil !

Ainsi nous aurons des voix pour chaque âge, Pour chaque tristesse et pour chaque espoir.

Aux uns vous direz : « Reprenez courage ! »

Aux autres : a Souffrez au nom du devoir ! »

Moi, je me tairai : mais la tâche est belle, Et d^autres viendront à ce cri d'en bas ! La femme se plaint, la famille appelle :

Le poète ému ne répondrait pas ?

Où sera la foi, si la Muse doute

Et pour le néant fait son plaidoyer ?

Tous les Dieux s'en vont, Fâme est en déroute :

Conservons, du moins, le Dieu du foyer!

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