PRO ARIS ET FOCIS
Rentrez au foyer, chantres de la vie !
C'est assez courir par monts et par vaux ; C'est assez donner à la fantaisie :
Les accords anciens sont les plus nouveaux.
Aux flots les plus clairs replongez votre âme ! Laissez les sentiers pour le grand chemin !
Pour enseigner l'homme et charmer la femme, Un livre suffit, c'est le cœur humain.
On a trop chanté l'inerte matière, Du chêne an brio d'herbe et de l'onde aux fleurs. Quand vous épuisez la Nature entière, N'eutendcz-vous pins l'homme avec scb pleurs ?
Od a trop bercé de douleure sans causes Nos sens affadis et débilitas.
On a trop souillé les plus nobles choses, Et trop mis à nu nos diCTormilés !
On a trop parlé de l'amour profane.
Et trop bien fardé son spectre hideux :
Imposez silence à la courtisane, Et chantez enfin la pndeur à,deux!
On a trop vanté les rêves bizarres Qui créaient un monde au nOtre étranger; Dans ce triste siècle,, aui vertus plus rares, Ce sont les coeurs purs qu'il faut pi'btéger.
Le masque est fané, montrez des visages !
Préceptears d'un peuple, hélas! vieillissant. Chantez pour instruire, ainsi qu'aux vicm ilgcs ; Tirez de la lyre un plus jeuccacccnt!
Pn.O ARIS ET FOCIS. 229
Ce temps inquiet vogue sans boussole, Énormenavire où tout se confond.
L'amour survit seul, et seul il console :
Éclairez d'amour Tabimcsans fond!
La main sur le cœur, écrivez un livre
Qui fasse cpeler à l'adolescent
Le «ecret divin d'aimer et de vivre,
Sans troubler d'un mot, son front rougissant.
Que la vierge y trouve un chant salutaire, Quand marche l'aiguille ou bien le pinceau ; Parlez à l'épouse un langage austère, Digne de l'autel comme du berceau.
Lorsque, fatigué de l'insaisissable.
L'homme songe à Dieu, prêt à l'accuser.
Comme une oasis sur la mer de sable, Qu'il trouve vos chants pour s'y reposer.
Que le vieillard même ait dans sa mémoire Vos vers attendris, ou leur fasse accueil :
Éclairez pour lui la pente plus noire ; Mettez une aurore après le cercueil !
Ainsi nous aurons des voix pour chaque âge, Pour chaque tristesse et pour chaque espoir.
Aux uns vous direz : « Reprenez courage ! »
Aux autres : a Souffrez au nom du devoir ! »
Moi, je me tairai : mais la tâche est belle, Et d^autres viendront à ce cri d'en bas ! La femme se plaint, la famille appelle :
Le poète ému ne répondrait pas ?
Où sera la foi, si la Muse doute
Et pour le néant fait son plaidoyer ?
Tous les Dieux s'en vont, Fâme est en déroute :
Conservons, du moins, le Dieu du foyer!