‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 102 sur 121 · LE CURÉ DE PLOUIZY · texte numérisé non relu

LE CURÉ DE PLOUIZY

Il lut à ses Bretons, soldats improvisés, Le décret appelant tous les « mobilisés »

Pour les derniers combats et le grand sacrifice. Tout entier, le village, assemblé pour l'office, Aux lèvres du vieillard était là, suspendu.

€ Hommes de Plouïzy, vous l'avez entendu?

Ce n'est pas aux Bretons qu'on dicte leur conduite. N'attendez pas un jour ! Il faut partir de suite ! Si, dimanche prochain, un seul homme, excepté Ceux que retient leur âge ou leur infirmité, Demeurait au pays, — pût-il même le faire, — Je vous le jure ici, du haut de cette chaire, lien aura la honte, et, comme au pilori, J'attacherai ce fils, ce frère ou ce mari!

Mais non; je vous connais, et n'ai point cette crainte : Et vous partirez tous, sans regret et sans plainte; Car vous avez appris par tous nos entretiens Que l'austère devoir est doux à des chrétiens, Que l'on n'hésite point quand la Patrie appelle, Et que la mort, devant l'ennemi, devient belle! Donc, vous allez partir, et vous n'attendrez pas. Et, maintenant, prions pour ceux qui sont là-bas ! »

Le dimanche suivant, sur les vieux bancs de chêne, Des femmes, des enfants, quelques vieillards à peine

Prenaient place, au monoient où parut le doyen. Il parcourut des yeux l'église, et dit : a C'est bien! » Puis, sans un mot de plus, descendit de sa chaire. Que sa mémoire, ô mes amis, vous reste chère! Car il est des héros même loin du canon.

Ce curé s'appelait Richard : gardez son nom !

Écrit en mars 1872.

Page 1