LE CODICILLE DE MAITRE MOSER
A MON AMI E. GOT, de la Comédie-Française.
a Eh bien, maître Moser, on ne va donc pas mieux?... »
Le vieillard reconnut les voix, ouvrit les yeux,
Et sourit. Il voyait ses amis du village,
Ceux que le sol avait enchaînés, ceux que l'âge
Avait soumis de force au major allemand,
Mais qu'on savait toujours Français — mentalement.
Ils venaient partager une suprême étreinte
Avec l'aîné d'entre eux, une âme droite et sainte,
LE CODICILLE DE MAITRE MOSER. x 385
— Un homme enfin, — le seul de son nom qui restât : Son dernier fils, sous Metz, étant mort en soldat.
— « Bon ! dit-il, vous voulez que ce vieux corps guérisse? Depuis mil huit cent trois, je n'ai plus de nourrice, Et j'ai, depuis dix ans, connu de tels chagrins. Que ce n'est pas l'adieu ni la mort que je crains ! Soyez les bienvenus. Causons. J'en ai la force : Il court un peu de sève encore sous l'écorce. Ne pouvant plus agir, je puis du moins parler. Et régler le départ avant de m'en aller. »
Redressé dans son lit et reprenant haleine.
Il leur tendît les mains, sous son tricot de laine,
Et dit : « Vous êtes tous ici des amis sûrs ?
On peut parler d'espoir sans redouter les murs?
En fait de testament, chacun a sa manière;
Je veux vous confier ma volonté dernière :
Puis-je compter sur vous ? » Tous, d'un geste empressé,
— Comme autant de soldats, autour d'un chef blessé,
Recueillent gravement les ordres de sa bouche, —
Ils en firent serment, groupés près de sa couche.
D'ailleurs, ce n'était pas encor pour aujourd'hui;
La récolte d'automne avait besoin de lui ;