‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 14 sur 121 · LA BIEN-AIMEE DE L*OUVRIER · texte numérisé non relu

LA BIEN-AIMEE DE L*OUVRIER

Elle y paraît comme un lis blanc.

Hier, elle a craché le sang :

Vous êtes médecin, peut-être?... »

« — Holà! toi qui presses le pas,

Pâle ouvrier, l'outil au bras,

Que devient ta pauvre enrhumée?... »

« — Je vais la voir à l'hôpital!

Le ciel est son pays natal :

Priez Dieu pour ma bien-aimée! »

Vivant, cet homme était une âme basse et vile :

Il avait insulté, calomnié, menti,

Vendu sa conscience et trahi son parti.

Ses mains gardaient le sang de la guerre civile.

Rien n'avait fatigué sa lâcheté servile.

Le mépris sur son nom s'était appesanti, £t, debout sous la honte, il n'avait rien senti. Nul ne saluait plus Tinfàme par la ville.

Dans l'ombre s'est éteint le sinistre vieillard ; Là-bas obscurément s'enfuit le corbillard.

Pas un ami ne suit sa mémoire abhorrée :

Mais — ^^ô respect des morts ! culte grave et profond î Au milieu des saluts la dépouille ignorée S'avance, et les plus purs se découvrent le front!

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