A MON AMI TH. NICOL
Une joueuse d'orgue était là, dans la rue;
Et de joyeux enfants une bande accourue
S'empressait alentour, et criait, et dansait,
Sans voir que la pauvresse en jouant palissait :
Car, tandis qu'un enfant, debout à côte d'elle.
Tendait la main, qu'un autre étreignait sa mamelle,
Dans un berceau fixé sur l'orgue, et retenu
Par une vieille corde, un autre, demi-nu,
L'œil clos, la lèvre bleue et les petits bras maigres,
Couché sur l'instrument qui s'égaie en sons aigres,
S'éteignait, ficelé dans des langes pourris î
Il souffrait, il poussait parfois de faibles cris;
Et la mère étouffait quelque larme nouvelle :
Et toujours l'autre main tournait la manivelle ;
Et la polka stridente, au rythme sautillant,
Succédait à la valse; et, toujours frétillant,
La troupe des enfants suivait la pauvre femme.
Qui voyait ces teints beaux et frais, la mort dans l'âme !