LES CONDOLEANCES DE BEETHOVEN
Mais soudain, dans la nuit cette note qui dort
Se réveille, et du fond de cet obscur silence, —
Ainsi qu'un blanc rayon du matin qui s'élance,
Et rend à l'univers ébloui sa clarté, —
Un chant s'élève, un chant d'une suavité
Que ne connut jamais une oreille mortelle.
Qui donc parlait d'adieu?... La mort, où donc est-elle?.. .
Ah ! réveil lumineux et tendre ! Chant divin
D'allégresse, où l'espoir s'épanouit entin!
La gamme affirme et croit; le son prouve et console.
C'est le calme, et la paix, et la grande parole.
Et le concert sacré qui ravit les élus.
Femme, ne maudis plus! Mère, ne pleure plus!
Ce que la tombe enferme est néant et poussière :
Entends-tu l'àme fuir de sa larve grossière?...
Sous ses doigts enflammés entr'ouvrant le ciel bleu.
Le sublime inspiré la conduit jusqu'à Dieu !
Celte fois, tout est dit. L'ardente symphonie S'achève, en des dessins de douceur infinie.
Sur un dernier accord — qui s'éteint aussitôt...
Alors Beethoven, grave et sans dire un seul mot. Osant tourner à peine un regard sur la femme Dont il avait sondé la plaie, et pansé l'âme,
Et traduit les douleurs qui lui gonflaient le sein,
Se leva, doucement ferma le clavecin;
D'une étreinte, pressa la main vers lui tendue;
Puis, — laissant cette mère à ses chants suspendue,
Ivre du ciel, l'esprit dans le monde inconnu,
— Il disparut sans bruit, comme il ëtait venu.