‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 47 sur 121 · A MADEMOISELLE GENEVIÈVE 8ARD0U · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE GENEVIÈVE 8ARD0U

Au sommet du coteau de Marly, l'autre été.

Dans un fin paysage inondé de clarté,

Le long des gazons verts du grand parc, côte à côte,

Tous deux nous cheminions devisant, moi, votre hôte,

Et vous, maître inspire du théâtre, dompteur

De la foule, toujours très doux au visiteur.

Et vous me racontiez les histoires passées,

Rire ou larmes, discrets romans, âmes blessées,

Senteur de musc unie aux parfums printaniers.

Drames éclos ou morts sous ces hauts marronniers

Dont Figaro jadis eût peuplé les quincpnces, Ou sur ces bancs moussus, envahis par les ronces. Puis, vous évoquiez l'Art et ses obscures lois ; L'enchanteur animait, du geste et de la voix, Toutes les passions, vivantes sur la scène; Faisait chanter l'amour, faisait rugir la haine : Et moi, vieil écolier, je m'instruisais encor, Au poin^d'en oublier le magique décor!

Tout à coup, devant nous, au tournant d'une allée. Une enfant apparut, qui pleurait désolée, Ainsi qu'un petit ange exclu d'un paradis.

Elle approchait de nous qui restions interdits. Marchant d'un pas rapide et la tête baissée; Et les sanglots gonflaient sa poitrine oppressée. AJi! chagrin des enfants, qu'on ne supporte pas! Vers la fillette en pleurs nous hâtâmes le pas. Tandis qu'elle accourait vers les bras de son père Prompt à lui demander ce qui la désespère.

Avait-elle sept ans? Je ne sais. Mais ses cris Nous laissaient, à la fois, inquiets et surpris, Tant sa douleur semblait convaincue et fondée ! « Es-tu tombée? As-tu du mal? T'a-t-on grondée?... Que fais-tu seule ici?... Qui donc te surveillait?... J'ai cru que ta maîtresse avec toi travaillait.

Page 1