II
Qu'as-tu, mon cheramour? Réponds-moi, réponds vite! »
Et, penché tendrement, vous serriez la petite,
Baisant sa pâle joue et ses longs cils soyeux.
— « Abel est mort!... Caïn l'a tué!... » De ses yeux
Les pleurs coulaient plus fort, comme si le vieux crime.
Et le premier coupable, et la pure victime,
Dans quelque cauchemar lointain s'étaient fait voir.
Vous me dites alors : « Elle aura pris, ce soir,
Sa première leçon d'histoire, ou la seconde;
Nous n'en sommes encor qu'aux jours naissants du monde.
Et la chère petite a compris vaguement!... »
Ah ! pauvre enfant! Déjà des pleurs! Ton cœur aimant. Au premier sang versé, se révolte et réclame! Cette mort te fait peur et trouble ta jeune âme! Mais que diras-tu donc quand tu verras, plus tard, Cette race d'Adam, criminelle au départ, Et l'histoire de sang tachée à chaque page.
Et Caïn sur Abel se ruant d'âge en âge :
Meurtres sur les chemins, meurtres dans les cités, Meurtres jusqu'aux foyers d'horreur épouvantés ; "* Echafauds et gibets que le bourreau prépare ; Évangiles d'amour dont la haine s'empare; Houges pétillements des bûchers allumés ; Troupeaux d'hommes partout au massacre animés ;
ssauts laissant aux murs leurs béantes entailles ;
Dmbre férocité des antiques batailles,
ù le sang venait battre au poitrail des chevaux ;
bominations de nos combats nouveaux,
ont les engins maudits, qu'un moissonneur promène,
auchent, en longs sillons, une récolte humaine ;
ratricides partout, sous les noms les plus beaux
ui sonnent la fanfare au-dessus des tombeaux!
t tous deux nous songions à ces choses étranges.
oilà donc ce qu'il faut apprendre à nos doux anges!
B sourire à la lèvre et l'innocence au front,
oilà ce qu'ils liront, voilà ce qu'ils sauront!
n voudrait épargner ces êtres que l'on aime,
eur laisser ignorer l'insoluble problème.
Q grand parc est si gai, si fleuri le gazon!
a Couchant si tranquille empourpre l'horizon !
î soir paraît si bien nous bercer! La Nature
imble si maternelle à toute créature !
is enfants, on voudrait, prolongeant leurs ébats,
îur dire : « Allez! jouez! — Et ne grandissez pas !
hommeestbon, l'homme est juste, etlaterreestheureuse !
il faut lutter parfois, la lutte est généreuse;
»s nobles intérêts sont les seuls débattus,
t toutes passions s'achèvent en vertus ! »
Mais non : la vieille histoire est là, qu'on étudie! Pauvre petit public, à notre tragédie Ton précoce savoir s'est mal habitué :
Hélas ! Abel est mort, — et Gain Fa tué !