A MON AMI LOUIS DIÉMER
J'étais venu pour voir ma mie ;
Elle est partie !
Tout sera vide jusqu'au jour
De son retour.
L'avez-vous vue? Où donc est-elle?
Sa voix fidèle De loin répondait à ma voix,
Toutes les fois !
J'espérais à cette fenêtre La voir paraître,
Et puis descendre tout à coup Jusqu^à mon cou !
Mais j'ai trouvé la cour déserte,
La porte ouverte, L'âtre éteint, et, dans la maison,
Pas un tison!
J'ai parcouru, la joue en nage,
Tout son ménage; Je l'ai demandée au jardin,
Parmi le thym ;
Parmi le thym et la jonchée.
Je l'ai cherchée :
Dans l'enclos fermé de buissons.
Plus de chansons !
A travers prés, taillis et vignes,
Faisant des signes, Jusqu'au moulin, tout essoufflé,
Je suis allé ;
CHANSON POUR ALGESTE. 217
J'ai crié son nom sur la route :
En vain j'écoute!
Je l'ai demandée au ramier,
Son prisonnier.
Est-elle au bois?... à la fontaine?.
J'en perds haleine !
Est-elle au village voisin,
Chez son cousin?...
Est-elle partie à la ville?
Et moi, tranquille, Qui chantais le long du chemin,
Troène en main!
Faut-il la suivre ou bien l'attendre?
Je veux l'apprendre !
Répondez-moi, mes bons amis :
Je suis soumis.
Vous me regardez d'un air triste :
Que Dieu m'assiste!
Où donc est-elle?... Est-ce bien loin?
Je la rejoin!
Vous pleurez, les yeux vers la terre Pourquoi vous taire?
Je prévoyais bien mes malheurs, Mais non vos pleurs !
Est-elle allée en l'autre monde ?
Qu'on me réponde!
Jusque-là je l'irai quérir,
S'il faut mourir.
Vous m'indiquez du doigt l'église.,
Mon cœur se brise.
J'y voudrais aller de ce pas :
Je ne peux pas!