‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 85 sur 121 · II · texte numérisé non relu

II

Juillet 1870

Rois, nous vous adjurons encore!

Tous vos apprêts sont terminés :

Pour un dénoûment qu'on ignore Cent mille hommes sont condamnés ;

Cent mille êtres jeunes et braves,

Se traitant comme des bandits,

Vont tomber — ces chiffres sont graves!

Hachés par vos engins maudits.

La plaine boira, plus féconde»

Le sang de tous ces nobles cœurs; Mais un deuil qui navre le monde Vous attend, vaincus ou vainqueurs.

Si vous avez des consciences Que le remords puisse émouvoir, Etouffez vos impatiences, Et pesez bien votre devoir I

La guerre où vous poussez les hommes Garde plus d'un retour vengeur; La minute obscure où nous sommes Trouble pour vous Thumble songeur.

La mort va faucher sur vos terres :

De quel côté ? Nul n'en sait rien !

Vous jouez avec des mystères Qui font pâlir l'historien !

Il en est temps : que Dieu t'inspire, O toi qui, le premier des deux.

Diras : « C'est trop payer l'empire Au prix de ce fléau hideux!

« Je laisse au fourreau mon épée !

La gloire, en quête de combats»

Cette fois-ci sera trompée :

Décidément, je ne veux pas! »

Donne, oh ! donne ce grand exemple, Unique au monde jusqu'ici.

Et l'Europe qui te contemple Te dira : o Sois béni! Merci! »

Fais retentir cette parole

Dont tressaillira l'univers :

ce L'homme est sacré, la lutte est folle;

Et vaincre est encore un revers ! »

Tu ne verras point, dans le rêve Où se complaisait ton orgueil, Les arcs triomphaux qu'on élève Dans l'oubli des mères en deuil;

Tu n'entendras point le tapage Que font les stupides canons ; Tu n'auras point la sombre page Où l'histoire inscrit les grands noms ;

Tu n'auras point — que nous importe !

Le coin de terre convoité :

Mais, si par toi la guerre est morte.

Oh! la belle immortalité ^

1. Ces vers, écrits ù la veille de la guerre, ne purent être publiés même dans des journaux où nous comptions des amis ; ils froissaient l'opinion surexcitée, qui n'était déjà plus en état de les accepter. «« Nous ne pouvons pas! » nous répondait-on.

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